‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 145 sur 240 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

M. DE PLINVILLE, PICARD.

M. DE PLINVILLE.

Eh bien, cs-tu content? Tu conserves ta place.

piCAno.

Point du tout; car je viens demander mon congé.

M. DK PLINVILLE.

Mais c'est toi ipie je veux garder.

L'OPTIMISTE. i83

PICâ RD.

Bien obligé :

Mais moi ji' veux sortir, voilà la différence.

M. DE PHNVILLE.

Pourquoi ?

PICAn D.

Parcequ'il est plas naturel , je pense , Que je m'en aille, moi. Vous voulez renvoyer Du monde; c'est à moi de partir le premier, Car je suis le plus vieux.

M. DE PH.N VI LLE

Tu m'es trop nécessaire :

Je suis accoutumé...

PICAUD

Je n'y saurois que faire.

Et d'ailleurs , je suis las de servir : en deux mots, Je vais me reposer.

M. DE PLINVILLE.

Eh mais! c'est un repos, Une retraite enfin, que ton sen'ice.

PICARD

Peste !

Une belle retraite! et c'est moi seul qui reste!

.M. DE PLINVILLE.

Toutest changé. Picard. Nous allons à Paris.

PICA RD

Raison de plus, monsieur. Je reste en mon pays. Enfin , je vous l'ai dit, je veux être mon maître.

.M. DE PLINVILLE.

Quoi ! tu vpux me quitter, après m'avoir vu naître.

i8i L'OPTIMISTE.

Toi qui devois et vivre et mourir avec moi?

P ICARD.

Il vaut encore mieux vivre et mourir chez soi.

M. DE p LIN VIL LE.

Je t'aimois , je croyoïs que tu m'aimois de même,

PICARD

Cela n'empêche pas , monsieur, qu'on ne vous aime. Mais, après cinquante ans, on est bien aise, enfin, De vivre un peu tranquille : il faut faire une fin.

M. DE PLINVILLE.

Il a raison ; et c'est peut-être une injustice

D'exiger qu'il me fasse un si grand sacrifice.

Pourquoi vouloir ailleurs l'empêcher d'être heureux?

Il faut aimer les gens non pour soi , mais pour eux.

Il va se réunir à son petit ménage,

A sa femme, à ses fils : il est temps, à son âge.

Et quand j'aurai besoin de lui , je me dirai ,

// vit content ; alors je me consolerai.

Mais tu pleures, je crois?

PICARD

Je ne puis m'en défendre.

Moi vous quitter, après ce que je viens d'entendre? J'en serois bien fâché. Je reviens sur mes pas, Monsieur; si vous voulez, je ne partirai pas.

M. DE PHNVILLE.

Depuis assez long-temps, mon ami, tu travailles. Non , non: décidément, je veux que tu t'en ailles.

PICARD

Voyez donc! il me chasse au bout de cinc^uantc ans! Je ne veux plu? sortir.

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