‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 164 sur 240 · MADEMOISELLE D'O R F E U I L, JUSTINE · texte numérisé non relu

MADEMOISELLE D'O R F E U I L, JUSTINE

MUe d'orfeuil.

Mon père ne vient point !

JUSTINE

Il ne tardera guères.

U avoit à Moulins, je crois, beaucoup d'affaires.

MUe d'orfeuil.

Je crains...

JU STINE.

Que craignez-vous?

Mlle d'orfeuil.

Je ne sais... Mais ces bois...

La nuit...

JUSTINE

Bon ! bon ! monsieur est suivi de François. .mB» d'orfeuil.

Eh ! dis-moi, que feroient deux hommes seuls sans armes?

Mon père devroit bien m'épargner ces alarmes. Revenir moins tard...

JUSTIN E

Oui, sur-tout lorsqu'on l'attend Pour nous tranquilliser sur un point important. Tenez, mademoiselle, eu bonne conscience, La peur sert de prétexte à votre impatience. Pourquoi monsieur est-il de la sorte attendu ? C'est qu'au retour il doit parler du prétendu ; C'est qu'il doit apporter des lettres d'Abbeville, Qui marqueront quel jour doit arriver Florville.

MUe n'oRFEriL.

On diroit que vraiment je ne pense qu'à lui !

J CSTIN E.

Idais... nous n'avons parlé d'autre chose aujourd'hui : Sujet inépuisable , et , depuis six semaines , Encore neuf!

Mlle d'or F EU IL.

c'est toi qui toujours le ramènes.

jnSTINE.

Je le ramène, moi, pour vous faire plaisir : Dès que j'en dis un mot, je vous vois le saisir...

mHc d'or feu il.

Eh bien ! je te l'avoue , oui, ma chère Justine, Il me tarde de voir celui qu'on me destine.

Rien n'est plus naturel. Moi-même, en vérité, J'ai, sur ce point, beaucoup de curiosité.

Je me fais de Florv ille une imase charmante.

x\CTE I, SCENE I. 211

JUSTINE

J'ai peur qu'en le voyant , cela ne se démeute.

mUc d'or F eu il.

Sans doute, il sera jeune et bien fait...

JUSTINE

Oui, d'accord.

Sl'le d'or F EU IL.

Noble daq? son maintien.

JUSTINE

Cela peut être en cor.

M'ie U'ORFEUIL.

Tiens, Justine, déjà je le vois qui s'avance

D'un air respectueux, et pourtant plein d'aisance;

Car il sait allier la grâce et la fierté.

Et ce qui frappe en lui sur-tout, c'est la bonté.

N'attends point un époux libre et trop siir de plaire,

Qui se prévaut d'abord de l'aveu de mon père ,

Et , sans me consulter , vient signer le contrat ;

Mais un amant soumis, discret et délicat.

Qui doute, dans mes yeux démêle si je l'aime,

Et me veut obtenir seulement de moi-même.

JUSTINE

Sans doute il a beaucoup d'esprit?

mUc d'or F eu I l.

Assurément:

Non pas de cet esprit agréable , brillant, Qui s'exliale en bons mots, en légères bluettes , Et fait pour éblouir des sots ou des coquettes; Mais un e.sprit solide, aussi juste que Hn , Soutenu, délicat, et... de l'esprit enfui.

siî LES CHATEAUX EN ESPAGNE.

Aussi je le pourrois distinguer entre mille : Sophie, en un clin d'oeil, reconnut son Emile.

JUSTI.NE

Eh!... vous peignez d'après vos héros de romans.

Ces héros, j'en conviens, sont aimables, charmants;

Mais pas un n'exista , pas un n'est véritable.

Le vôtre n'est, je crois, ni vrai, ni vraisemblable.

Jamais ou ne verra d'homme qui soit parfait,

Ki de femmes non plus.

mDc d'o r F e u I l.

Qu'est-ce que cela fait?

Laisse-moi l'espérance: elle me rend heureuse.

JDSTISE.

Pour vous, pour votre époux elle est trop dangereuse.

Votre époux, sans cela, vous eût paru fort bien :

Vous l'attendez parfait ; il ne paroîtra rien.

Moi je monte moins haut, afin de moins descendre;

Et raisonnablement je crois pouvoir m' attendre

A voir, avec Florville, arriver un valet,

L'n valet qui sera jeune, leste, bien fait;

Qui m'aimera d'abord, et me plaira de même;

Qui ne tardera pas à me dire qu'il m'aime,

Et bientôt de ma bouche obtiendra même aveu.

Ce n'est demander trop , ni demander trop peu :

Mais vous, mademoiselle, oh ! c'est une autre affaire.

Mlle d'o r F e C I L.

Tu verras, tu verras si c'est une chimère!

J USTIXE.

J'ignore ce qu'au fond sera votre futur : l\abattez-en d'a\ance un peu ; c'est le plus sur.

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