ACTE I, SCENE X. 3i
Ce n'est qu'après l'essai qu'où est désabusé. J'aurai pu me trouver dans cette circonstance, Sans être pour cela coupable d'inconstance. Je goûte d'un état : j'y suis mal, et j'en sors; Hien de plus naturel. Quoi ! faudroit-il alors Végéter sans désirs , sans nulle inquiétude; Et, stupide jouet de la sotte habitude, Garder, par indolence, un état ennuyeux, N'être heureux qu'à demi, quand on peut être mieux?
M. DOLBAX.
Tu crois donc rencontrer un bonheur sans mélange? Hélas! le plus souvent, que gagne-t-on au change? La triste expérience avant peu nous apprend Que ce nouvel état n'est qu'un mal différent... Que dis-je? Au lieu du bien après quoi l'on soupire, Souvent d'un moindre mal on tombe dans un pire... Aussi , sans espérer d'en trouver de meilleurs , Tu quittes un état , pourquoi ? pour être ailleurs.
FLORI.MOND
Vous mette/, à ceci beaucoup trop d'importance.
M'allez-vous (juereiier pour un peu d'inconstance?
A tout le genre humain dites-en donc autant.
A le bien prendre, enfin , tout homme est inconstant,
L'n peu plus, un peu moins; et j'en sais bien la cause :
C'est que l'esprit humain tient à si peu de chose!
Un rien le fait tourner d'un et d'autre coté.
On veut fixer en vain cette mobilité ;
Vains efforts; il échappe; il faut qu'il se promène :
Ce défaut est celui de la nature humaine.
La constance n'est point la vertu d'un mortel ;
Et pour être constant, il faut être éternel.
D'ailleurs, quand ou y songe, il seroit bien clranjje
Qu'il fut seul immobile. Autour de lui, tout change :
La terre se dépouille, et bientôt reverdit;
La lune , tous les mois, décroît et s'arrondit.
Que dis-je? Eu moins d'un jour, tour-à-tour on essuie
Et le froid et le chaud, et le vent et la pluie.
Tout passe, tout finit, tout s'efface; en un mot.
Tout change: changeons donc, puisque c'est notre lot.
M. DOLBAX.
De la frivolité digne panégyriste!
FLORIMO.ND.
N'êtes-vous point vous-même un censeur un peu triste?
M. DOLBAN.
D'un oncle, d'un ami je remplis le devoir. Tu te perds, Florimond, sans t'en apercevoir. Espères-tu, dis-moi, l'avancer dans le monde, Toi qu'on a toujours vu d'une humeur vagabonde Effleurer chaque état, qui changes pour changer, Qui n'es dans chacun d'eux qu'un simple passager? Digne emploi des talents qu'en toi le ciel fit naitre! Avec tant de moyens de te faire connoître, Tu seras donc connu |)ar ta légèreté!
Ah! si tu ne fais rien pour la sociéié, A l'estime publique il ne faut plus prétendre. Tremble, et vois à quel sort tu dois enfin l'attendre: A force de courir, toujours plus loin du but, Et bientôt de l'état méprisable rebut.
Désœuvré, las de tout, comme à tout inhabile, De tes concitoyens s|)ectateur inutile,