SCÈNE IX
M. DE PLINVILLE, PICARD.
Bien arrangé poux vous ; mais moi j'en ai souffert. Pourquoi ne suis-je pas de la moitié qu'on sert?
.M. DE PLINVILLE.
Parceque tu n'es point de la moitié qui paie.
PICARD
Et pourquoi, par hasard, ne faut-il point que j'aie De quoi payer?
M. DE PLI.NVILLE.
Eh! mais, pouvions-nous être tous Riches?
PICARD
Je pouvois, moi, l'être aussi bien que vous.
M. DE PLINVILLE.
Tu ne l'es pas, enfin.
PICARD
Voilà ce qui me fâche.
Je remplis dans ce monde une pénible tâche, Et depuis cinquante ans.
M. DE PLINVILLE.
Tu devrois, en ce cas.
Etre fait au service.
PICARD
Eh! l'on ne s'y fait pas.
Lors(juc je veux rester, vous voulez «jue je sorte ;
io4 L'OPTIMISTE.
Veux-je sortir, il faut que je garde la porte.
Vous êtes maître enfin, et moi je suis valet :
Je dois aller, venir, rester, comme il vous plait.
M. DE PLI N VILLE
Tu n'en prends qu'à ton aise.
PICARD
Oh!...
M. DE PLINVILLE.
L'on te considère, Et tous mes gens ici te traitent comme un père.
PICARD
Et je sers tout le monde.
M. DE PLINVILLE.
Eh ! cela n'y fait rien :
Sois content de ton sort, ainsi que moi du mien.
PICARD
Je n'ai point, comme vous, l'art de m'en faire accroire, Et ne sais point voir clair, quand la nuit est bien noire.
M. DE PLINVILLE.
Je suis donc bien crédule?
PICARD
On vous vole à l'envi ; Et vous vous croyez, vous, parfaitement servi?
M. DE PLINVILLE, riant.
Eu vérité?
chez vous, on pille, on pleure, on gronde : Vous trouvez tout cela le plus joli du monde.
M. DE PLINVILLE.
Mais je ne savois pas un mot de tout ceci.