ACTE 111, SCÈNE VII
SPURIUS
Un autre avis l'a prévenxi , sans doute. Septime est revenu pour vous en avertir. Appius à me croire auroit pu consentir; Il eût pu ce matin détourner la tempête Que chaque instant amasse et {jrossit sur sa tête. Contre tant d'ennemis...
APPIUS
Je pourrois leur céder!
Quiconque peut fléchir ne sait pas commander.
SPURIUS
Le danger doit du moins conseiller la prudence.
Vous voyez de ce peuple où va la violence :
La crainte, le respect, ne le retiennent plus;
Et fier d'avoir brisé les fers d'icilius,
Plus fort sous un tel chef, il éclate, il menace.
Jusque dans ce palais peut-être son audace
Eût porté la révolte et la sédition,
Sans la terreur qu'à Rome inspire votre nom.
Mais qui sait si ce frein peut long-temps les contraindre?
Le sénat ennemi, pour nous non moins à craindre,
Trop jaloux d'un pouvoir qu'il voudroit ébranler,
Au temple de Vesta parle de s'assembler.
Prévenez ses desseins, tout vous en sollicite.
Ordonnez, Claudius renonce à sa poursuite,
Et, s'avouant trompé, ne s'obstinera pas. .
APPIUS
Après ce que j'ai fait, moi reculer d'un pas! Oui? moi! voir triompher le rival qui m'outrage! \h ! cette seule idée a redoublé ma rage :
ioo VIRGINIE.
L'obstacle, le péril ne sert qu'à l'irriter.
Au cours de nos destins laissons-nous emporter;
Ne t'exagère plus une crainte frivole;
Viens, ce corps de soldats qui veille au capitole,
Descendu dans la ville, y portera l'effroi.
Marchons au-devant d'eux; viens, te dis-je, suis-moi.
Préparons tout; je veux, au retour de l'aurore,
Je veux, sur l'ennemi qui me résiste encore,
Assouvir un courroux que l'on prend soin d'aigrir.
Lui ravir ce que j'aime, et régner ou périr.