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SCÈNE III

EDOUARD, WARWICK, SUFFOLCK,

GARDES

WARWICK, entrant brusquement.

Le voici.

Je ne m'attendois pas, sire, que la fortune Dut vous rendre sitôt ma présence importune; Que jamais contre moi le courroux du destin , Pour préparer ses traits , empruntât votre main. Je n'ai pu le penser ; je n'ai pu le comprendre : Enfin de votre part il m'a fallu l'apprendre. C'est ainsi que par vous je suis récompensé! Voilà le sort brillant qui me fut annoncé, Ce bonheur et ces jours de gloire et de déUces , Apanage éclatant promis à mes services!

Rappelez-vous ici ce jour, ce jour affreux, Ce combat si funeste et ces champs malheureux.

Où, du destin cruel éprouvant la colère,

Sur des monceaux de morts expira votre père.

Tout couvert de son sang, et combattant toujours,

Le fer des ennemis alloit trancher vos jours.

Je volai jusqu'à vous; je me fis uu passage;

Mon bras ensanglanté vous sauva du carnage;

Et bientôt sur mes pas, aidé de mes amis,

De vos guerriers vaincus j'assemblai les débris.

" Warwick, me disiez-vous, prends soin de ma jeunesse

" C'est dans tes mains, Wanvick, que le destin me laisst

« Sois mon guide et mon père, et je serai ton fils.

« Conduis-moi vers ce trône où je dois être assis;

« Viens, combats, et sois sûr que ma reconnoissance

« Te fera plus que moi jouir de ma puissance. »

Tels étoient vos discours; je les crus, et ma main

S'arma pour vous venger, et changea le destin.

Je vis fuir devant moi cette reine terrible;

J'acquis, en vous servant, le titre d'invincible.

Sans doute qu'à vos yeux de si rares bienfaits ,

IS'e pouvant s'acquitter, passent pour des forfaits;

Mais du moins envtrs vous je n'en commis point d'autres

Je frémirois ici de retracer les vôtres:

Vous avez tout trahi, l'honneur et l'amitié.

Ingrat! et c'est ainsi que vous m'avez payé.

EDOUARD

Modérez devant moi ce transport qui m'offense; Vantez moins vos exploits, j'en connois l'importance : Mais sachez qu'Edouard , arbitre de son sort, Auroit trouvé, sans vous, la victoire ou la mort. Vous n'eu pouvez douter : vous devez me connoître.

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