‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 41 sur 216 · ACTE IV, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IV

Le devoir, l'intérêt attache à votre sang. Craignez-vous de tenter la route où je vous guide? Est-ce donc en nos jours que le sexe est timide? Et n'avons-nous pas vu, dans l'horreur des combats , Marguerite, portant sou fils entre ses bras, Disputer aux guerriers le péril et la gloire, Et même contre moi balancer la victoire? Suivez ce grand exemple, elle revient à moi; Égalez son courage , osez braver un roi. Mon amante, occupée à trembler pour ma vie, ^Pourra-t-elle aujourd'hui moins que mon ennemie? Allez, et des Anglois ranimant la valeur, Signalez à leurs yeux ma femme et mon vengeur.

ELISABETH

Ta femme veut sauver Warwick et la patrie ; Tu les perds tous les deux: ton aveugle furie Te cache un précipice à tes pas présenté. Et chez tes ennnemis tu vois ta sûreté. Marguerite te sert ! oses-tu bien l'en croire? Penses-tu m'éblouir du tableau de sa gloire? La crois-tu résolue à te garder sa foi? Elle qui n'eut jamais que l'intérêt pour loi. Elle qui tour-à-tour magnanime et cruelle. En servant son époux, en vengeant sa querelle , Portoit sur ses parents son bras ensanglanté. Et mêloit la grandeur à la férocité.

Quoi! désormais Lancastre est ta seule espérance? Toi, du sang des Yorck appui dès leur enfance, ilappcler sur leur trône heureusement rempli, Une femme implacable, un vieillard avili!

se LE COMTE DE WARWICK.

Changer à tous moments d'amis et d'adversaires! Combattre et soutenir les deux partis contraires! Crois-moi, c'est étaler aux yeux de l'avenir Une légèreté dont tu devrois rougir.

Si le parti d'Yorck t'a paru le plus juste, Persiste dans ton choix, tu te rends plus auguste. C'est en vain qu'Ldouard eut des torts avec toi, Couvre de tes vertus les fautes de ton roi, Et lui vouant toujours tes soins et ton hommage, Honore , au moins pour toi , ce qui fut ton ouvrage. Répare des affronts qu'il n'a pas dû souffrir; T'aLaisser devant lui, ce n'est point te flétrir. Lui-même il a paru commander à sa flamme : Un roi fait le premier cet effort sur son ame; Et le sujet balance,..

WARWICK

Eh ! qu'a-t-il fait enfin ?

A son indigne amour il a mis quelque frein? Le sacrifice est grand : mais moi qu'il déshonore, Qu'il a mis dans les fers oii je languis encore , Qu'il trahit , qu'il insulte et flétrit tour-à-tour, Si je ne suis vengé, je perds tout sans retour. Peut-être que l'on peut, maître de sa vengeance, D'un ennemi vaincu dédaigner l'impuissance; Peut-être l'on préfère, avec quelque plaisir. L'orgueil de pardonner à l'orgueil de punir: Mais signer un accord qu'arrache la contrainte, Céder à la menace, obéir à la crainte, Aller, comme un esclave échappé de ses fers, Demander le pardon des maux qu'on a soufferts!

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