‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 49 sur 216 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

ELISABETH, EDOUARD, SUFFOLCK,

GARDES

Ah! partagez ma joie.

Sire, après tous les maux où mon cœur fut en proie, Hélas! j'ai bien le droit de sentir mon bonheur,

D'applaudir au héros si digne de mon cœur,

Que sans doute avec moi vous admirez vous-même.

Ce qu'il a fait pour vous; oui, cet effort suprême...

EDOUARD

Je le sens, je l'admire , et je n'en rougis pas :

Un bienfait n'avilit que les cœurs nés ingrats.

C'est peu d'avoir dompté la révolte et la guerre,

C'est peu d'avoir rendu le calme à l'Angleterre;

Je lui dois encor plus : pour ce cœur satisfait,

L'amitié de Warwick est son plus grand bienfait;

J'en suis digne du moins, et je lui rends la mienne :

Ma générosité doit égaler la sienne;

Et mon cœ,ur n'est pas fait pour le déguisement.

Je sais qu'il est un art de feindre lâchement,

D'oublier un service, et jamais une offense,

D'attendre le moment propice à la vengeance.

D'autres le puniroient de les avoir servis :

Il est beaucoup de rois; il est bien peu d'amis.

Mais j'abhorre à jamais cette exécrable étude,

Cet art de la bassesse et de l'ingratitude.

L'amour seul a produit et mes torts et les siens;

La vertu nous ramène à nos premiers liens.

A la loi du traité je suis prêt à me rendre :

Il mérita vos vœux ; je cesse d'y prétendre.

Je commande à l'amour; et, plein des mêmes feux,

Je saurai...

Page 1