ACTE III, SCENE VI. i3i
Llle me plaiiidroit trop.
De quoi me parlez-vous?
Pourriez-\ous m'annoncer quelque nouveau supplice? L'adieu que je vous dis finit mon sacrifice... Il est d'autres adieux où je n'ose penser... Si j'avois pu pourtant.... Il y faut renoncer. Parlez-lui quelquefois, parlez de Mëlanie. Ce n'est que pour vous deux que j'eusse aimé la vie. Qu'il apprenne de vous à quel point je l'aimois... De cette bouche, hélas! il ne l'apprit jamais: Vous le savez trop bien. Dieu! quel sort est le nôtre! Allons... il faut... il faut nous quitter l'une et l'autre.
Mme DE FAUBLAS.
Kon; je viendrai toujours partager ta douleur: On ne t'ôtera point de mes bras, de mon cœur; Tu me verras toujours, fille innocente et chère. Ne veux-tu plus me voir?
Jamais! jamais, ma mère!
Ma mère!... cet adieu... vous ne l'entendez pas.
Mme DE FAUBLAS,
Tu me glaces d'effroi... Que veux-tu dire? hélas! Pourquoi me présenter cette funeste idée? De quel sombre transport tu semblés possédée ! Oses-tu m'annoncer cet entier abandon ?
Hé quoi ! ta mère aussi ne te verroit plus?
MÉLANIE
Non.
On n'a plus de parents dans ma froide demeure.
iS7. MELANIE.
Il en est que j'abhorre... il en est que je pleure... Vivez du moins, vivez plus heureuse que moi.
Mine DE FAUBLAS.
Heureuse, quand tu veux me séparer de toi ! Ciel! je perds un enfant, et je tremble pour l'autre. On ne vient point encor.
MÉLANIE
Mais quel trouble est le vôtre?
Vous détournez de moi vos regards et vos pas. Il n'est plus temps de craindre... Et qu'avez-vous?
Mme DE FAUBLAS.
Hélas!
Je ne puis résister à mon inquiétude.
De ce double tourment le poids devient trop rude... i
Je vois ton front pâlir et tes traits s'altérer !
MÉLANIE
Ciel ! ô ciel ! de quel feu je me sens dévorer ! Toute ma fermeté cède au mal qui me tue.... J'espérois dérober ma mort à votre vue... Que celui qui la cause en seroit seul témoin. Le poison...
( Elle tombe dans itn fauteuil. ) Mme DE FA UBLAS.
Dieu ! je cours...
MÉLANIE
Non; demeurez. Ce soin Ne me sauveroit pas : il n'est plus de remède, Il n'en est plus.
Mme DE FAUBLAS Court ouvrir la porte du parloir. Venez, ah! venez à mon aide!