‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 119 sur 345 · ACTE III — SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE III — SCÈNE V

DÉMOCRITE

Voilà, je vous jure, Les symptômes d'amour que cause la nature.

CRISÉIS.

Quoi ! c'est là ce qu'on nomme amour ?

DÉMOCMTE.

Et vraiment oui.

CRISÉIS.

Si j'aime, en vérité, ce n'est que d'aujourd'hui.

DÉMOCRITE

Vous m'aviez tant promis qu'aucun homme en votre âme N'exciterait jamais une amoureuse flamme.

CRISÉIS.

Je n'en connaissais point ; et je les croyais tous Tels que vous les disiez, et formés comme vous.

STRABON, bas à Démocrite.

Cette sincérité devrait vous rendre sage.

DÉMOCRITE

Je sens qu'elle a raison, et cependant j'enrage. J'ai tort de m'emporter ; reprenons désormais L'esprit qui nous convient ; rions sur nouveaux frais. Les hommes, en effet, ont bien peu de prudence. Sont bien vides de sens, bien pleins d'extravagance. De se laisser mener par de tels animaux. Connaissant, comme ils font, leur faible et leurs défauts. Il n'en est presque point qui vingt fois en sa vie N'ait senti les effets de quelque perfidie ; Cependant on les voit, de nouveaux feux épris. Redonner dans le piège où l'on les a vus pris :

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A grand'peine échappés de leurs derniers naufrages, Ils vont, tout de nouveau, défier les orages. Continuez, messieurs ; soyez encor plus fous ; Justifiez toujours mes ris et mes dégoûts. Ces ris, dans l'avenir, porteront témoignage Que je n'ai point été la dupe.de mon âge. Et que je comprends bien que tout homme, en un mot. Est, sans m'en excepter, l'animal le plus sot.

CRISÊIS, à Démocrite.

J'aime à voir que, malgré votre austère caprice, Comme aux autres humains vous vous rendiez justice. Je vais trouver le prince, et lui dire l'ardeur Dont vous avez voulu parler en sa faveur.

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