‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 151 sur 345 · ACTE I — SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I — SCÈNE III

ALBERT

Ne te mets point en peine :

Ce sera mon affaire, et point du tout la tienne.

LISETTE

Ah ! vous avez raison.

ALBERT

Tu sais bien qu'ici-bas Sans trouver quelque embûche on ne peut faire un pas. Des pièges qu'on me tend mon âme est alarmée. Je tiens une brebis avec soin enfermée : Mais des loups ravissants rôdent pour l'enlever. Contre leur dent cruelle il la faut conserver : Et, pour ne craindre rien de leur noire furie, Je veux de toutes parts fermer la bergerie, Faire avec soin griller mon château tout autour. Et ne laisser partout qu'un peu d'entrée au jour. J'ai besoin de tes soins en cette conjoncture, Pour faire, à mon désir, attacher la clôture.

LISETTE

Qui ? moi !

ALBERT

Je ne veux pas que cette invention Paraisse être l'effet de ma précaution.

Agathe, avec raison, pourrait être alarmée De se voir, par mes soins, de la sorte enfermée ; Cela pourrait causer du refroidissement : Mais, en fille d'esprit, il faut adroitement Lui dorer la pilule, et lui faire comprendre Que tout ce qu'on en fait n'est que pour se défendre. Et que, la nuit passée, un nombre de bandits N'a laissé que les murs dans le prochain logis.

LISETTE

Mais croyez-vous, monsieur, avec ce stratagème.

Et bien d'autres encore dont vous usez de même, Vous faire bien aimer de l'objet de vos vœux ?

ALBERT

Ce n'est pas ton affaire ; il suffit, je le veux.

LISETTE

Allez, vous êtes fou de vouloir, à votre âge,

Pour la seconde fois tâter du mariage ;

Plus fou d'être am.oureux d'un objet de quinze ans,

Encor plus fou d'oser la griller là-dedans.

Ainsi, dans ce dessein, funeste en conséquences.

Je compte la valeur de trois extravagances.

Dont la moindre va droit aux Petites-Maisons. •

ALBERT

Pour me conduire ainsi j'ai de bonnes raisons.

LISETTE

Pour moi, grâce aux effets de la bonté céleste, J'ai, jusqu'à présent, eu de la vertu de reste ; Mais si j'avais amant ou mari de ce goût. Ils en auraient, parbleu, sur la tête et partout. Si vous me choisissez pour prendre cette peine. Je vous le dis tout net, votre espérance est vaine. Je ne veux point tremper dans vos lâches desseins : Le cas est trop vilain, je m'en lave les mains.

ALBERT

Sais-tu qu'après avoir employé la prière.

Je saurai contre toi prendre un parti contraire ?

LISETTE

Pestez, jurez, criez, mettez- vous en courroux, Vous m'entendrez toujours vous dire qu'im jaloux

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