‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 162 sur 345 · ACTE II — SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II — SCÈNE II

ALBERT

Et pourquoi, mon enfant ?

AGATHE

C'est que rien n'est si faux, Et qu'on ne peut mentir avec plus d'impudence.

ALBERT

Vous ne m'aimez donc pas ?

AGATHE

Non : mais, en récompense; Je vous hais à la mort.

ALBERT

Et pourquoi ?

AGATHE

Qui le sait ?

On aime sans raison, et sans raison on hait.

LISETTE, à Albert.

Si l'aveu n'est pas tendre, il est du moins sincère,

ALBERT, à Agathe.

Après ce que j'ai fait, basihc, pour vous plaire !

LISETTE

Ne nous emportons point ; voyons tranquillement Si l'amour vous a fait un objet bien charmant. Vos traits sont effacés, elle est aimable et fraîche ; Elle a l'esprit bien fait, et vous l'humeur revêche ; EUe n'a pas seize ans, et vous êtes fort vieux ; Elle se porte bien, vous êtes catarrheux ; Elle a toutes ses dents, qui la rendent plus belle ; Vous n'en avez plus qu'une, encore branle-t-elle, Et doit être emportée à la première toux : A quelle malheureuse ici-bas plairiez- vous ?

ALBERT

Si j'ai pris pour lui plaire une inutile peine, Je veux, par la sambleu, mériter cette haine, Et mettre en sûreté ses dangereux appas. Je vais en certain lieu la mener de ce pas, Loin de tous damoiseaux, où de son arrogance Elle aura tout loisir de faire pénitence. Allons, vite, marchons.

AGATHE

Où voulez- vous aller ?

ALBERT

Vous le saurez tantôt ; marchons, sans tant parler.

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