ACTE II — SCÈNE III
ÉRASTE
Étranger dans ces lieux, et ravi de vous voir, Vous rendant mes respects, je remplis mon devoir. Assez près de chez vous ma chaise s'est rompue : Lorsqu'à la réparer ici l'on s'évertue, Attiré par l'aspect et le frais de ces lieux. Je viens y respirer un air délicieux.
ALBERT
Vous vous trompez, monsieur ; l'air qu'ici l'on respire Est tout à fait malsain : je dois même vous dire Que vous ferez fort mal d'y demeurer longtemps. Et qu'il est dangereux et mortel aux passants.
AGATHE
Héias ! rien n'est plus vrai : depuis que j'3^ respire. Je languis nuit et jour dans un cruel martyre.
CRISPIN
Que l'on me donne à moi toujours du même vin Que celui que notre hôte a percé ce matin, Et je défie ici toux, fièvre, apoplexie. De pouvoir, de cent ans, attenter à ma vie.
ÉRASTE
On ne croira jamais qu'avec tant de beauté. Et cet air si fleuri, vous manquiez de santé.
ALBERT
Qu'elle se porte bien, ou qu'elle soit malade. Cherchez un autre lieu pour votre promenade.
ÉRASTE
Cet objet que le ciel a pris soin de parer, Cette vue où mon œil se plaît à s'égarer.
Enchante mes regards ; et jamais la nature N'étaia ses attraits avec tant de parure. Mon cœur est amoureux de ce qu'on voit ici.
ALBERT
Oui, le pays est beau, chacun en parle ainsi ; Mais vous emploieriez mieux la fin de la journée : Votre chaise à présent doit être accommodée ; Votre présence ici ne fait aucun besoin : Partez ; vous devriez être déjà bien loin.
Je pars dans le moment. Dites-moi, je vous prie...
ALBERT
Puisque de babiller vous avez tant d'envie, Je vais vous écouter avec attention.
A Agathe et à Lisette.
Rentrez ! rentrez.
LISETTE
Monsieur...
ALBERT
Eh ! rentrez, •vous dit-on !
ÉRASTE
Je me retirerai, plutôt que d'être cause
Que madame, pour moi, souffre la moindre chose.
AGATHE
Non, monsieur, demeurez, et, jusques à demain. Différez, croyez-moi, de vous mettre en chemin. Et ne vous y mettez qu'en bonne compagnie. Les chemins sont mal sûrs.
ALBERT
Que de cérémonie !
Agathe rentre.