ACTE III — SCÈNE II
Ce garçon vous dira l'excès de mes douleurs, Et combien, à sa mort, j'ai répandu de pleurs.
Qu'à son âme le ciel fasse miséricorde !
Mais nous parler de lui, c'est toucher une corde
Bien triste... et qui pourrait... Mais il était bien vieux.
DÉMOPHON
Mais point trop. Nous étions de même âge tous deux. Cinquante ans environ.
VALENTIN
Ce mot se peut entendre En diverses façons, suivant qu'on le veut prendre. Je dis qu'il était vieux pour son peu de santé ; Il se plaignait toujours de quelque infirmité.
DÉMOPHON
Point du tout ; et je crois que, dans toute sa vie.
Il ne fut attaqué que de la maladie
Qui causa de sa mort le fimeste accident.
LE CHEVALIER
C'était un corps de fer.
VALENTIN i
Il est vrai... Cependant...
LE CHEVALIER, bas, à Valentin.
Tais-toi donc.
DÉMOPHON
Ce discours peut rouvrir votre plaie ; Prenons une matière et plus vive et plus gaie. Vous allez voir ma fille ; et j'ose me flatter Que son air et ses traits pourront vous contenter.
LE CHEVALIER
Il faudra que pour moi le devoir sollicite ;
Je compte, en vérité, bien peu sur mon mérite.
DÉMOPHON
Vous avez très grand tort, ^^ous devez y compter ; Et du premier coup d'œil vous saurez l'enchanter. Je me connais en gens, croyez-en ma parole : Et, de plus, Isabelle est une cire molle Que je forme et pétris comme il me prend plaisir. Quand vous ne seriez pas au gré de son désir (Ce qui me tromperait bien fort), je suis son père, Et, pouf" voir à mes lois combien elle défère. Mettez-vous à l'écart, je m'en vais l'appeler ; Et, sans être aperçu, vous l'entendrez parler.
Il entre chez lui.