ACTE IV — SCÈNE V
LE MARQUIS
Un coup dé pistolet mé serait coup dé grâce.
Je voudrais que quelqu'un m'écrasât sur la place.
MÉNECHME, à part, à Valentin.
Quel est ce Gascon-là ?
VALENTIN, bas à Ménechme.
C'est un de vos amis Sans doute, et des plus chers.
MÉNECHME, bas à Valentin.
Jamais je ne le vis.
LE MARQUIS
Je sors d'une maison, que la terre engloutisse.
Et qu'avec elle encor la nature périsse !
Où, jusqu'au dernier sou, j'ai quitté mon argent.
D'un maudit lansquenet lé caprice outrageant
M'oblige à té prier dé vouloir bien mé rendre
Cent louis que dé moi lé besoin té fit prendre.
Excuse si je viens ici t'importuner :
En l'état où je suis, on doit tout pardonner.
Je vous pardonne tout ; pardonnez-moi de même. Si je dis qu'en ce point ma surprise est extrême. Je ne vous connais point. Comment auriez- vous pu Me prêter cent louis, ne m'ayant jamais vu ?
LE MARQUIS
Quel est donc ce discours ? Il mé passe. A l'entendre..
Le vôtre est-il pour moi plus facile à comprendre ?
Vous né mé devez pas cent louis ?
38o LES MÉNECHMES
Non, ma foi ; Vous les avez prêtés à quelque autre qu'à moi.
LE MARQUIS
Il né vous souvient pas qu'allant en Allemagne, Étant vide d'argent pour faire la campagne, Sans âne, ni mulet, prêt à demeurer là...
MÉXECHME, le contrefaisant.
Je né mé souviens pas d'un mot dé tout cela.
LE MARQUIS
Vous vîntes mé trouver pour vous faire ressource. Et que, sans déplacer, je vous ouvris ma bourse ?
A moi ? j'aurais perdu le sens et la raison,
De prétendre emprunter de l'argent d'un Gascon.
LE M.\RQUIS, montrant Valentin.
Cet homme ci-présent peut rendre témoignage ; Il était avec vous, je rémets son visage.
A Valentin.
Viens çà, bélitre ; parle ; oséras-tu nier
Ce que son mauvais cœur tâche en vain d'oublier ?
Monsieur...
LE MARQUIS
Parle, ou ma main, dé fureur possédée...
VALENTIN
Il m'en vient dans l'esprit quelque confuse idée.
LE MARQUIS
Quelque confuse idée ? Oh ! moi, j'en suis certain.
A Ménechme.
Çà, monsieur, mon argent, où l'épée à la main.