‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 271 sur 345 · ACTE V — SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE V — SCÈNE VI

VALENTIN, prenant Finette par le bras.

Puisque chacun ici prend ce qui lui convient, Par droit d'aubaine aussi, Finette m'appartient.

ROBERTIN, prenant les deux frères par le bras. Moi, je vous prends tous deux. Je veux que l'on m'instruise En quelles mains enfin cette somme est remise. L'un de vous a touché soixante mille écus.

LE CHEVALIER, à Robertin.

N'en soyez point en peine, et je les ai reçus. C'est moi qui, pour la mienne, ayant pris sa valise, Ai su me prévaloir d'une heureuse méprise. C'est lui qui, pour un legs, vient d'arriver ici : C'est moi qu'on a cru mort, et qui m'en suis saisi : C'est moi qui, dans l'ardeur d'une feinte tendresse^

Montrant Araminte.

A madame autrefois ai fait une promesse ;

Et c'est moi qui, depuis, brûlant des plus beaux feux,

A l'aimable Isabelle ai porté tous mes vœux.

MÉXECHME.

\'ous m'avez donc trahi, vous, monsieur le notaire ?

ROBERTIN

Je n'ai rien fait de mal dans toute cette affaire,

Et j'ai du testateur suivi l'intention.

Il laisse à son neveu cette succession :

Monsieur l'est comme vous ; vous n'avez rien à dire.

LE CHEVALIER

Aux arrêts du destin, mon frère, il faut souscrire. Mais vous aurez bientôt tout lieu d'être content, Pourvu que, sans éclat, vous vouUez à l'instant. En épousant madame, acquitter ma parole.

IVrÉNECHME.

Comment donc ! vouiez- vous que j'épouse une folle ?

406 LES MENECHMES

ARAMINTE, au chevalier.

Et de quel droit, monsieur, me faites-vous la loi ? Je vous trouve plaisant de disposer de moi !

LE CHEVALIER, à Ménechme et à Araminte.

Suivez tous deux l'avis d'un homme qui vous aime. Vous vouliez m'épouser, c'est un autre moi-même. Et, pour vous faire voir quelle est mon amitié. De la succession recevez la moitié :

Que trente mille écus facilitent l'affaire.

MÉNECHME, embrassant le chevalier.

A ce dernier trait -là je reconnais mon frère.

A Araminte.

Ça, ma reine, épousons, malgré notre discord. Nous nous sommes tous deux chanté pouilles à tort, Moi vous nommant friponne, et vous m'appelant traître. Nous n'avions pas.pour lors, l'honneur de nous connaître. Bien d'autres, avant nous, en formant ce lien, S'en sont dit tout autant, et se connaissaient bien.

FINETTE

Moi, quand ce ne serait que pour la ressemblance, Je voudrais l'épouser, sans tant de résistance.

ARAMINTE

Si je pouvais un jour me résoudre à ce choix. Je le ferais exprès, pour vous punir tous trois. Vous n'avez, je le vois, que mon bien seul en vue ; Mais, en me mariant, votre attente est déçue. Oui, je l'épouserai, pour me venger de vous. Lui donner tout mon bien, et vous désoler tous.

Ce sera très bien fait.

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