SCÈNE PREMIÈRE LISETTE, CRISPIN
LISETTE
Bonjour, Crispin, bonjour.
CRISPIN
Bonjour, belle Lisette.
Mon maître, toujours plein du soin qui l'inquiète, M'envoie, à ton lever, zélé collatéral, Savoir comment son oncle a passé la nuit.
LISETTE
Mal.
CRISPIN
Le bonhomme, chargé de fluxions, d'années.
Lutte depuis longtemps contre les destinées.
Et pare de la mort le trait fatal en vain ;
Il n'évitera pas celui du médecin.
Il garde le dernier ; et ce corps cacochyme
Est à son art fatal dévoué pour victime.
Nous prévoyons dans peu qu'un petit ou grand deuil
Étendra de son long Géronte en un cercueil.
Si mon maître pouvait être fait légataire.
Je ferais de bon cœur les frais du luminaire.
412 LE LÉGATAIRE UMVERSEL
Un remède par moi lui vient d'être donné. Tel que l'apothicaire en avait ordonné.
J'ai cru que ce serait le dernier de sa vie ; Il est tombé sur moi deux fois en léthargie.
CRISPIN
De ses bouillons de bouche, et des postérieurs, Tu prends soin ?
LISETTE
De ma main il les trouve meilleurs Aussi, sans me targuer d'une vaine science. J'entends ce métier-là mieux que fille de France.
CRISPIN
Peste, le beau talent ! Tu te fais bien payer, Je crois, de tous les soins qu'il te fait employer.
LISETTE
Il ne me donne rien ; mais j'ai, pour récompense,
Le droit de lui parler avec toute licence.
Je lui dis, à son nez, des mots assez piquants :
Voilà tous les profits que j'ai depuis cinq ans.
C'est le plus ladre vert qu'on ait vu de la vie.
Je ne puis t' exprimer où va sa vilenie.
Il trouve tous les jours, dans son fécond cerveau,
Quelque trait d'avarice admirable et nouveau.
Il a, pour médecin, pris un apothicaire
Pas plus haut que ma jambe, et de taille sommaire
Il croit qu'étant petit, il lui faut moins d'argent ;
Et qu'attendu sa taille, il ne paiera pas tant.
CRISPIN
S'il est court, il fera de très longues parties.
LISETTE
Mais dans son testament ses grâces départies