ACTE II — SCÈNE VIII
LISETTE
L'un et l'autre bientôt arriveront ici.
Il faut, mon cher Crispin, tirer de ta cervelle, Comme d'un arsenal, quelque ruse nouvelle Qui déporte Géronte à leur faire ce legs.
A-t-il vu quelquefois ces deux parents ?
LISETTE
Jamais.
Il a su seulement, par une lettre écrite. Qu'ils viendraient à Paris pour lui rendre visite.
CRISPIN
Mon visage chez vous n'est-il point trop connu ?
LISETTE
Géronte, tu le sais, ne t'a presque point vu : Et, pour te dire vrai, je suis persuadée Qu'il n'a de ta figure encore nulle idée.
CRISPIN
Bon. Mon maître sait-il ce dangereux projet, L'intention de l'oncle, et le tort qu'on lui fait ?
LISETTE
Il ne le sait que trop : dans son cœur il enrage. Et voudrait que quelqu'un détournât cet orage.
CRISPIN
Je serai ce quelqu'un, je te le promets bien. De la succession les parents n'auront rien ; Et je veux que Géronte à tel point les haïsse, Qu'ils soient déshérités ; de plus, qu'il les maudisse. Eux et leurs descendants, à perpétuité.
Et tous les rejetons de leur postérité.
LISETTE
Quoi ! tu pourrais, Crispin...
Va, demeure tranquille ; Le prix qui m'est promis me rendra tout facile : Car je dois t'épouser, si...
LISETTE
D'accord... mais enfin...
CRISPIN
Comment donc ?
LISETTE
Tu m'as l'air d'être un peu libertin.
CRISPIN
Ne nous reprochons rien.
LISETTE
On sait de tes fredaines.
CRISPIN
Nous sommes but à but : ne sais-je point des tiennes ?
LISETTE
Tu dois de tous côtés, et tu devras longtemps.
CRISPIN
J'ai cela de commun avec d'honnêtes gens. Mais enfin sur ce point à tort tu t'inquiètes : Le testament de l'oncle acquittera mes dettes ; Et tel n'y pense pas qui doit payer pour moi. Mais on vient.
LISETTE
C'est Géronte. Adieu ; sauve-toi ^.
1 Ce vers se trouve ainsi dans la plupart des anciennes éditions, n est possible que Regnard ait fait adieu de trois syllabes ; et cela n'est pas sans exemple. Dans l'édition de 1750, et dans la plupart des éditions faites depuis, on lit : C'est Géronte. Adieu, fuis, sauve-toi.