‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 294 sur 345 · ACTE II — SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE II — SCÈNE VIII

LISETTE

L'un et l'autre bientôt arriveront ici.

Il faut, mon cher Crispin, tirer de ta cervelle, Comme d'un arsenal, quelque ruse nouvelle Qui déporte Géronte à leur faire ce legs.

A-t-il vu quelquefois ces deux parents ?

LISETTE

Jamais.

Il a su seulement, par une lettre écrite. Qu'ils viendraient à Paris pour lui rendre visite.

CRISPIN

Mon visage chez vous n'est-il point trop connu ?

LISETTE

Géronte, tu le sais, ne t'a presque point vu : Et, pour te dire vrai, je suis persuadée Qu'il n'a de ta figure encore nulle idée.

CRISPIN

Bon. Mon maître sait-il ce dangereux projet, L'intention de l'oncle, et le tort qu'on lui fait ?

LISETTE

Il ne le sait que trop : dans son cœur il enrage. Et voudrait que quelqu'un détournât cet orage.

CRISPIN

Je serai ce quelqu'un, je te le promets bien. De la succession les parents n'auront rien ; Et je veux que Géronte à tel point les haïsse, Qu'ils soient déshérités ; de plus, qu'il les maudisse. Eux et leurs descendants, à perpétuité.

Et tous les rejetons de leur postérité.

LISETTE

Quoi ! tu pourrais, Crispin...

Va, demeure tranquille ; Le prix qui m'est promis me rendra tout facile : Car je dois t'épouser, si...

LISETTE

D'accord... mais enfin...

CRISPIN

Comment donc ?

LISETTE

Tu m'as l'air d'être un peu libertin.

CRISPIN

Ne nous reprochons rien.

LISETTE

On sait de tes fredaines.

CRISPIN

Nous sommes but à but : ne sais-je point des tiennes ?

LISETTE

Tu dois de tous côtés, et tu devras longtemps.

CRISPIN

J'ai cela de commun avec d'honnêtes gens. Mais enfin sur ce point à tort tu t'inquiètes : Le testament de l'oncle acquittera mes dettes ; Et tel n'y pense pas qui doit payer pour moi. Mais on vient.

LISETTE

C'est Géronte. Adieu ; sauve-toi ^.

1 Ce vers se trouve ainsi dans la plupart des anciennes éditions, n est possible que Regnard ait fait adieu de trois syllabes ; et cela n'est pas sans exemple. Dans l'édition de 1750, et dans la plupart des éditions faites depuis, on lit : C'est Géronte. Adieu, fuis, sauve-toi.

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