ACTE IV — SCÈNE VI
ÉRASTE, affectant de pleurer.
O douleur trop amère !
CRISPIN
Lui laissant tout mon bien, meubles, propres, acquêts, Vaisselle, argent comptant, contrats, maisons, billets ; Déshéritant, en tant que besoin pourrait être. Parents, nièces, neveux, nés aussi bien qu'à naître, Et même tous bâtards, à qui Dieu fasse paix, S'il s'en trouvait aucuns au jour de mon décès.
LISETTE, affectant de la douleur.
Ce discours me fend l'âme. Hélas ! mon pauvre maître. Il faudra donc vous voir pour jamais disparaître !
ÉRASTE, de même.
Les biens que vous m'offrez n'ont pour moi nuls appas, S'il faut les acheter avec votre trépas.
CRISPIN
Item. Je donne et lègue à Lisette présente...
LISETTE, de même.
Ah!
Qui depuis cinq ans me tient lieu de servante. Pour épouser Crispin en légitime nœud.
Non autrement...
LISETTE, tombant comme évanouie.
Ah ! ah !
CRISPIN
Soutiens-la, mon neveu.
Et, pour récompenser l'affection, le zèle Que de tout temps, pour moi, j'ai recormus en elle...
LISETTE, affectant de pleurer.
Le bon maître, grands dieux, que je vais perdre là !
CRISPIN
Deux mille écus comptant en espèce.
LISETTE, de même.
Ah ! ah ! ah !
ÉRASTE, à part.
Deux mille écus ! Je crois que le pendard se moque.
LISETTE, de même.
Je n'y puis résister, la douleur me soffoque. Je crois que j'en mourrai.
CRISPIN
Lesquels deux mille écus, Du plus clair de mon bien seront pris et perçus.
LISETTE, à Crispin.
Le ciel vous fasse paix d'avoir de moi mémoire, Et vous paye au centuple une œuvre méritoire ! A part.
Il avait bien promis de ne pas m' oublier.
ÉRASTE, bas.
Le fripon m'a joué d'un tour de son métier.
Haut à Crispin.
Je crois que voilà tout ce que vous voulez dire.
CRISPIN
J'ai trois ou quatre mots encore à faire écrire. Item. Je laisse et lègue à Crispin...
ÉRASTE, bas.
A Crispin !
Je crois qu'il perd l'esprit. Quel est donc son dessein ?
CRISPIN
Pour les bons et loyaux services...
ÉRASTE, bas.
Ah ! le traître !
CRISPIN
Qu'il a toujours rendus et doit rendre à son maître...