ACTE III — SCÈNE II
DORANTE
Vous êtes bien instruit des chagrins qu'on me donne ! On ne me verra point violenter personne ; Et quand je perds un cœur qui cherche à s'éloigner, Mon frère, je prétends moins perdre que gagner.
GÉRONTE
Voilà les sentiments d'un héros de Cassandre. Entre nous, vous aviez fort grand tort de prétendre Que sur votre neveu vous pussiez l'emporter.
DORANTE
Non ; je ne sus jamais jusque-là me flatter. La jeunesse toujours eut des droits sur les belles ; L'Amour est un enfant qui badine avec elles : Et quand, à certain âge, on veut se faire aimer. C'est un soin indiscret qu'on devrait réprimer.
GÉRONTE
Je suis, en vérité, ravi de vous entendre ;
Et vous prenez la chose ainsi qu'il la faut prendre.
Si l'on m'en avait cru, tout n'en irait que mieux.
DORANTE
Ma présence est assez inutile en ces lieux. Je Vciis de mon amour tâcher à me défaire.
Il sort.
GÉRONTE
Allez, consolez-vous ; c'est fort bien fait, mon frère. Adieu.