ACTE V — SCÈNE VII
GÉRONTE, à Éraste.
Où sont-ils donc ? Réponds.
ÉRASTE
Tantôt, pour Isabelle, Je les ai, par votre ordre exprès, portés chez elle.
GÉRONTE
Par mon ordre !
ÉRASTE
Oui, monsieur.
GÉRONTE
Je ne m'en souviens point.
CRISPIN
C'est votre léthargie.
GÉRONTE
Oh ! je veux, sur ce point.
Qu'on me fasse raison. Quelles friponneries ! Je suis las, à la fin, de tant de léthargies.
A Éraste.
Cours chez elle ; dis-lui que, quand j'ai fait ce don, J'avais perdu l'esprit, le sens et la raison.
mada:me argante, Isabelle, géronte.
éraste, lisette,
crispin, le notaire.
ISABELLE, à Géronte.
Ne VOUS alarmez point, je viens pour vous les rendre.
GÉRONTE
O ciel !
ÉRASTE
Mais sous des lois que nous osons prétendre.
GÉRONTE
Et quelles sont ces lois ?
ÉRASTE
Je vous prie humblement De vouloir approuver le présent testament.
GÉRONTE
Mais tu n'y penses pas. Veux-tu donc que je laisse A cette chambrière un legs de cette espèce ?
LISETTE
Songez à l'intérêt que le ciel vous en rend : Et plus le legs est gros, plus le mérite est grand. GÉRONTE, à Crispin.
Et ce maraud aurait cette somme en partage ?
Je vous promets, monsieur, d'en faire un bon usage : De plus, ce legs ne peut en rien vous faire tort.
GÉRONTE
Il est vrai qu'il n'en doit jouir qu'après ma mort.
ÉRASTE
Ce n'est pas encor tout : regardez cette beUe ; Vous savez ce qu'un cœur peut ressentir pour eUe ; Vous avez éprouvé le pouvoir de ses coups : Charmé de ses attraits, j'embrasse vos genoux ; Et je vous la demande en qualité de femme.
GÉRONTE
Ah ! monsieur mon neveu...
ÉRASTE
Je n'ai fait voir ma flammiC Que lorsqu'en écoutant un sentiment plus sain. Votre cœur moins épris a changé de dessein.
MADAME ARGANTE
Je crois que vous et moi nous ne saurions mieux faire.