‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 61 sur 345 · ACTE IV — SCÈNE XIII m · texte numérisé non relu

ACTE IV — SCÈNE XIII m

Le mieux assassiner ? Perdre tous les partis ', Vingt fois le coupe-gorge, et toujours premier pris !• Réponds-moi donc, bourreau.

HECTOR

Mais ce n'est pas ma faute.

VALÈRE

As-tu vu de tes jours trahison aussi haute ? Sort cruel, ta malice a bien su triompher ; Et tu ne me flattais que pour mieux m'étouffer. Dans l'état où je suis, je puis tout entreprendre ; Confus, désespéré, je suis prêt à me pendre.

HECTOR

Heureusement pour vous, vous n'avez pas un sou Dont vous puissiez, monsieur, acheter un licou. Voudriez- vous souper ?

VALÈRE

Que la foudre t'écrase !

Ah ! charmante Angélique, en l'ardeur qui m'embrase, A vos seules bontés je veux avoir recours ! Je n'aimerai que vous, m'aimeriez-vous toujours ? Mon cœur, dans les transports de sa fureur extrême. N'est point si malheureux, puisque enfin il vous aime.

HECTOR, à part.

Notre bourse est à fond ; et, par un sort nouveau, Notre amour recommence à revenir sur l'eau.

Calmons le désespoir où la fureur me livre. Approche ce fauteuil.

Hector approche un fauteuil.

V^alère, assis.

Va me chercher im livre.

1 Cette leçon est conforme à l'édition originale, à celle de 1728 et à celle de 1750. Dans la plupart des autres éditions on lit paris ; mais c'est une faute. On peut voir le Diciiotiiiaire de l'Académie^ au mot Parti,

HECTOR

Quel livre voulez- vous lire en votre chagrin ?

VALÈRE

Celui qui te viendra le premier sous la main ; Il m'importe peu : prends dans ma bibliothèque.

HECTOR sort, et rentre tenant un livre. Voilà Sénèque.

VALÈRE

Lis.

HECTOR

Que je lise Sénèque ?

VALÈRE

Oui. Ne sais-tu pas lire ?

HECTOR

Eh ! vous n'y pensez pas ; Je n'ai lu de mes jours que dans des almanachs.

Ouvre, et lis au hasard.

HECTOR

Je vais le mettre en pièces.

VALÈRE

Lis donc.

HECTOR ut.

« Chapitre six. Du mépris des richesses. La fortune offre aux yeux des brillants mensongers Tous les biens d'ici-bas sont faux et passagers ; Leur possession trouble, et leur perte est légère : Le sage gagne assez quand il peut s'en défaire. t> Lorsque Sénèque fit ce chapitre éloquent. Il avait, comme vous, perdu tout son argent.

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