ACTE III, SCENE III. kW
Apportoità nos pieds tant d'hommages divers! O mélange touchant de douleur, d'aléjj[rcsse, D'envie et de pitié , d'horreur et de tendresse ! Les femmes, les vieillards, nous serroientdans leurs bras; Leurs fils venoient baiser la trace de nos pas : Nos visages, nos mains se trempoient dans leurs larmes... Ah ! seigneur, la victoire eut pour vous moins de charmes.
EDOUARD, à part.
Tout m'étonne et m'irrite. Ah! c'est trop me braver : De ma juste fureur rien ne peut les sauver.
HARCOURT
J'en appelle à vous-même, et je prends leur défense. Vous aviez à mon choix remis ma récompense, Quand mes vœux modérés, retranchant vos bienfaits. Toujours à vos bontés laissoieut quelques regrets; Eh bien ! n'ordonnez pas , hors des champs de la gloire. Que le sang des Français souille encor ma victoire. C'est là l'unique prix que je veux obtenir, En partant pour l'exil oîi mes jours vont finir.
ÉDOU A RD.
Quel discours! un exil?
Je ne puis vous le taire, Mes yeux sont dessillés par la mort de mon frère. Ah ! mon zèle pour vous m'a fait son assassin ; Je commandois au bras qui lui perçoit le sein: Doublement parricide, hélas! ma barbarie Frappe, depuis trois ans, le sein de ma patrie; Les feux qui dévoroient nos moissons , nos cités, Ont éclairé par-tout mes pas ensanglantés.
i32 LE SIÈGE DE CALAIS.
Envers vous et Valois pour n'être plus perfide, Je retourne aux climats où le remords me guide; Je vais, près du Jourdain , rejoindre ces guerriers Dont un sang fraternel ne teint pas les lauriers, Et le mien...
EDOUARD, l'interrompant.
Quel transport de votre ame s'empare ?
Dans quel oubli honteux la douleur vous égare? Pleurez la mort d'un frère, et sur-tout ses erreurs. La patrie à mes yeux coûtoit aussi des pleurs... Mais, quoi! c'est en son chef, en moi qu'elle réside,
[montraiit les bourgeois ) Non dans l'obscur ramas de ce peuple perfide.
H ARCOURT.
Seigneur...
ÉDorARD, l'interrompant.
Écoutez-moi. Bien loin de consentir A cet exil suspect , qua je dois prévenir , Si j'épargnois pour vous ce maire et ses complices. Je voudrois par leur grâce enchaîner vos services.
SAi-NT-PiERRE, vivement à Harcourt.
Ne la méritez pas. Votre noble remord , S'il vous rend à mon roi, paie assez notre mort.