ACTE V, tJCtiNt IX
HARCOUnT.
Non. Je les ai trompés, sans paroître à leurs yeux. \ peine le héraut est entré dans ces lieux, J'ai publié, seigneur, qu'en vos mai^is apportée A I instant leur rançon veuoit d'être acceptée. J'ai supposé votre ordre, et hâté leur départ. Avant Meinn lui-même ils quittoient ce rempart. Votre armée, autour d'eux chantant leur délivrance, Confirmoit leur erreur, et servoit ma prudence.
( On entend des cris d'allégresse. ) Entendez-vous ces cris? Tous les cœurs sont jaloux De vanter les vertus que j'annouçoi» en vous. Pour ces infortunés je vous donne ma vie : Qui causa leur malheur, pour eux se sacrifie; C'est le moindre devoir. Remplissez donc vos vœux; Rassemblez sur moi seul leurs supplices affreux.
EDOUARD
Tu les as mérités.
HA R COURT
Ce n'est point quand mon zélé Vient de vous épargner une honte éternelle; Mais lorsque, trahissant mon prince et moji pays. J'ai porté la victoire à leurs fiers euiiemis...
(à Aliénor.) Ah ! j'en pleure de honte ! Ah ! dites à mon maître Que je meurs son sujet et digne enfin de l'être.
( avec transport. ) J'abjure entre vos mains le serment déteste Qu'à son rival heureux ma fureur a prêté.
EDOUARD
Traître! qui m'as promis, comme au roi légitime...
ALIÉNOR, ^interrompant.
Le parjure est vertu quand on promit le crime.
EDOUARD
Votre amour fait son crime et sa perte en ce jour.
ALIÉNOR
Il s'immole à sa gloire , et non à mon amour. Mais l'amour peut enfin reprendre sa puissance ; Il ne fut point son guide , il est sa récompense...
(à Harcourl.) Cher Harcourt, je te rends et te prouve ma foi; Je mourrai ton amante , et mourrai près de toi... {apercevant les six bourgeois qui reviennent se remetli'e
entre les mains d'Edouard. ) Que vois-je?
EDOUARD, à part.
Ciel!