SCÈNE V
ALTÉMORi:, GASTON, EUPIIÉMIE , AVOGARE.
ALTÉMOU E, À Gaston, en lui présentant un billet. Prince, Bayard pour vous m'a rerais ce billet.
GASTON, prenant le billet, et le lisant haut. • Lorsque l'on fit outrage, et qu'il faut qu'on répare, •' On doit, sans différer, satisfaire un grand cœur. '< Prince, je puis mourir dans l'assaut qu'on prépare, .' Et ne veux point mourir comptable envers l'honneur.
« Que mou chef lui-même choisisse " Les armes, les témoins et les juges du camp; « Qu'il hâte un beau moment de gloire et de justice : " Je me crois son ami, même en le provoquant. »
AVOGARE.
Reconnoît-on Bayard à ce nouvel outrage?
GASTON
Je reconnois l'amour, la seule erreur du sage.
( à Altémore. ) Qu'il s'apprête à l'instant, et que pour ce combat...
E u P H É M I E , l'interrompant impétueusement. Non , je cours m'opposer à ce double attentat.
( regardant son père. ) [.e plus pressant péril doit entraîner mon ame : J'éclairerai Bayard sur les droits qu'il réclame; Il verra qu'en voulant tyranniser mon choix Des dignes chevaliers il foule aux pieds les lois. Que, s'il se perd lui-même, il trahit sa patrie;
ai4 GASTON ET BAYARD.
Que , s'il tranche vos jours , il m'arrache la vie.
Dans le fond de son cœur je prendrai pour appui
L'orgueil que met un sage à triompher de lui.
J'oser; i ms servir de ce pouvoir suprême
Que l'objet qu'on adore a contre l'amour même.
Et si tant de devoirs sont bravés sans égard ,
Le vainqueur de Nemours, ou celui de Bayard,
N'emportera pour prix de sa gloire cruelle
Que la publique horreur et ma haine éternelle.
{Elle sort.)