EDOUARD, DU GUESCLIN
EDOUARD
Du camp de don Henri ce Français va venir Dans ma tente; Guesclin, daiyuez l'entretenir; Qu'il y soit sans frayeur, ma foi lui sert d'otage.
D U GUESCLIN
Transtamare lui-même y viendroit sur ce gage.
ÉDOUAR D.
Don Pédre est plus tranquille. Au chef des musulmans Il apprend ses desseins; il reçoit leurs serments, liourbon , dans cette tente, où vos yeux l'ont revue, Peut être en un moment par mon bras défendue. Cependant dites-moi quelle étrange raison Vous fait en ces climats revenir sans rançon? Charles ne doit qu'à vous le salut de la France, l'.t n'a pas de Guesclin payé la délivrance?
PIERRI- LE CRUEL 297
DU r. rr. sc!. IN.
C'est moi qui de ses dons Hs un juste refus; A 1 elat épuisé ma main les a rendus. Dans les mallii'urs publics, un monarque économe Doit-il prodiguer l'or au besoin d'un seul homme? J'ai voulu prendre part à nos communs revers, Et par mes propres biei's me racheter des fors. J'ail ti ihercher moi-même, au fond de l'Armorique', L'honorable débris de ma fortune antique, Et des dons de Henri le dépôt jnécieux, Lor.sque ma digne épouse, accourant à mes yeux : « Tu vois ; m'a-t-elle dit; nos guerres intestines « Ont rempli nus climaS de morts et de ruines. " .Avant ton triste soit, q'»e je n'ai pu prévoir, • A la {)atrie en pleurs j'ai pensé tout devoir. " Le bien de mes aïeux, é|jal à ma naissance, « Que m'a voit conservé leur modeste opulence, « Et qu'honora l'amour en l'offrant à Guesclin , « Fut le trésor du pauvre, et nourrit l'orphelin. u Je leur ai livré tout dans ce temps si funeste. « Ton épée et ton nom , vuilà ce qui nous reste, »
EDOUARD, avec trausport.
C'est avoir plus encor que les trésors des rois. Ah ! sa bonté prodigue a prévenu tes lois ! Magnanimes époux, quel bonheur est le vôtre! Toujours un de vos cœurs fait la gloire de lautre.
DU G u F. s c L 1 .N , affectueusement.
Cher prince, vous goûtez ce bonheur souverain.
' Armorique est l'ancien nom de !a Bretajne.
Votre épouse elle-même, en nous cachant sa main, Sous des noms supposés, fit compter à mon frère Cette riche rançon qu'exigeoit votre père. Mon erreur accepta ces secours imprévus ; Mais trente chevaliers, dans Bordeaux retenus, Courhés sous l'indigence, et respirant à peine, Victimes de l'honneur, périssoient dans leur chaîne.
{vivement.) Je leur ai partagé tout For de ma rançon, Et par leur liberté je rentre en ma prison. Us l'ignoroient, seigneur, et vous devez le croire. Plus utiles que moi pour fixer la victoire , Au camp de Transtamare ils ont su parvenir, Et peut-être en est-ce un qui veut m'entretenir.
EDOUARD
Rien ne m'étonne en vous; mais tout me fait envie.
Quoi ! de vous imiter la douceur m'est ravie !
Mon père s'est bientôt repenti du traité
Qui même à si haut prix meltoit ta liberté.
Il veut que ta rançon, dans mes mains apportée,
Après les temps prescrits ne soit plus acceptée.
Ce matin j'arrivois, et déjà don Henri ,
En m'offraut tout son or , demaiîdoit son ami.
Mais les temps sont passés ; il faut que j'obéisse,
Que je fasse à mon père un si dur sacrifice.
Cet ordre est le premier de ce père adoré.
Oui, le seul dont jamais mon cœur ait murmuré.
DU GUESCLIN
Je n'espère pas moins ma prompte délivrance :