ACTE IV, SCÈNE III
Ont fondu sur l'escorte , et ravi les otages. Vous violez ma foi ; j'en demande raison : Renvoyez Transtamare, et rendez-moi Bourbon, A l'instant.
D. pèdre.
De quel droit viens-tu dans leurs provinces Dicter arrogamment tes volontés aux princes? Du rang du roi des fois qui t'a donc revêtu? , Tu défends un coupable, et c'est là ta vertu! Pour ta foi, ce rebelle, en trahissant la sienne, Envers lui sans retour a dégagé la mienne. Je t'arrêtois par grâce, et voulois prévenir L'affront que tu me fais, et qu'il faudra punir.
EDOUARD
L'étonnement, l'horreur, suspendent ma furie. Il est donc des mortels fiers de leur infamie! Tu m'oses demander quel droit m'amène ici?
[avec une chaleur rapide.) Je suis fils d'un monarque , et je viens , comme ami , Pour t'offrir un "secours dont je te croyois digne : Tu nous y fais à tous l'affront le plus insigne. La vengeance est son droit, le mien; et je m'en sers. Je puis combattre un roi, j'en ai mis dans mes fers; Mais, aux droits de mon père, à ceux de ma naissance, J'unis cent titres saints sur ta reconnoissance : Tu ne règnes, ne vis, n'existes que par moi. Songe au temps où tu vins, plein de honte et d'effroi, Chargé de l'or d'Espagne et des mépris du monde , N'ayant dans l'univers d'autre asile que l'onde. Mendiant sur nos bords l'humble toit d'un pécheur,
34o PIERRE LE CRUEL.
Et par-tout repoussé par la haine et l'horreur : Tu pleuras à mes pieds; ton malheur, sans courage, D'un honheur insolent devoit m'être le gage. D. pÉdre, revenant avec fureur de la confusion involontaire dont il se sent accablé.
O ciel 1 de tant d'opprobre on ose me couvrir! Tu crois qu'impunément tu m'auras fait rougir?
EDOUARD. '
Et toi, tyran, tu crois que je vais sans murmures Voir compter mes serments au rang de tes parjures; Que ton frère , à ma foi se livrant en héros, Va passer de mes mains aux mains de tes bourreaux?
{prenant Henri par la main.) Ah! fût-il attaqué par une armée entière, Il ne peut, avant moi, perdre ici la lumière.
D. pÈdre.
A tes yeux , à l'instant, sa tête va tomber.
{Il fait signe aux soldats d'avancer.) Edouard, mettant la main sur sonépée.
Viens. Sous le nombre enfin s'il nous faut succomber. Qui meurt ainsi que nous éternise son être; Et qui vit comme toi fut indigue de naître. ( Don Pèdre tire son épèe.)