‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 55 sur 325 · ACTE IV, SCENE VIII · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE VIII

POLYOOUE, ta relevant et l'embrassant.

Le sort nous a perdus tous deux.

ZELMIR E.

Eh! c'est moi qui vous perds. Ce parricide affreux, Reproché tant de fois à mon ame innocente, Le voilà consommé par ma crainte imprudente.

POLYDORE

Que dis-tu? Quoi ! ton creur peut s'imputer ma mort? Le mien pour te sauver revoloit sur ce bord...

ZELMIRE, l'interrompant.

Et moi, qui vous croyois éloij^né de cette ile. Moi-même à vos bourreaux j'ai montré votre asile. En vain un dieu propice aveugloit leur courroux, J'ai porté votre tête au milieu de leurs coups; Je répands, par leurs mains, le sang qui m'a fait naître. Je naquis pour le crime, et j'abhorre mon être...

{aux soldats avec égarement. ) Cruels ! tournez sur moi toute votre fureur; Vengez le ciel , la terre , à qui je fais horreur!

RHAMN Es.

{aux soldats.) {voyant qu'ils sont émus.) {àpart.)

Gardes!... Vous vous troublez! Et moi-même... Ah ! peut-être Tout rebelle, en effet, tremble devant son maître.

{aux soldats.) Que fais-je?... Moi, trembler!... Qu'on l'enchaîne. ZELMIRE, aux soldats.

Arrêtez, Inhumains! Songez-vous sur qui vous attentez? Regardez ce héros dont l'amour vous fut »hère, Autrefois votre dieu, mais toujours votre père.

Quand vous le poursuiviez, il plaignoit vos erreurs. Azor, en vous trompant, lui fit perdre vos cœurs : Le ciel punit Azor; le ciel, qui fut mon guide, Voulut vous épargner l'horreur d'un parricide. C'est pour voir de Lesbos l'attentat réparé Qu'il permet qu'à vous seuls votre roi soit livré. O Lesbicus! le sang qu'on puise en ma patrie. Des Thraces , nos tyrans, n'a point la barbarie. Ces farouches mortels ont endurci vos mœurs , Mais l'humanité sainte est au fond de vos cœurs. Sans doute, elle y gémit. Écoutez son murmure; Que le remords s'éveille aux cris de la nature. Mon père, ses malheurs, son âge dont l'aspect Adoucit la colère et la force au respect, Votre foi, vos serments, mon désespoir, mes larmes, Ah ! tout doit à ses pieds faire tomber vos armes.

POLYDORE, avec fierté.

Est-ce à nous d'implorer ceux qui nous ont trahis? Qu'ils écoutent leurs cœurs, s'ils sont encor mes fils ; S'ds sont mes assassins, tu t'avilis toi-même. Vois, malgré ta douleur, vois mon bonheur extrême : Pour toi je viens donner ce sang que je te doi.

[eu l'embrassant. ) Que mon trépas m'est cher! il m'acquitte envers toi.

R H A M N È s , aux solda ts.

Soldats, près d'Antéuor que tous deux on les mène.

(^Les soldats s'avancent lentement vers Polydore et

Zelmire, et s'arrêtent avant de les approcher.)

ZELMIRE, montrant les soldats arrêtés.

Rhamnès, vois leur pitié t'obéir avec peine

Page 1