‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 88 sur 325 · ACTE II, .SCEINL 111. i i · texte numérisé non relu

ACTE II, .SCEINL 111. i i

Va, le nom des héros par nu traître porte N'arrive pas moins pur à l'immortalité.

Leur gloire, sur ton front repoussant l'infamie, Sert à mieux l'éclairer sans on être obscurcie. Ta honte est à toi seul ; et tes fils glorieux Oublieront ton néant pour nommer leurs aïeux. Te voilà retranché d'une race immortelle , Que déjà tu couvrois d une splendeur nouvelle. De ces fameux Harcourt les mânes empressés S'attendoieut à l'honneur de se voir surpassés: Ton cœur a démenti sa promesse sublime; Tu fais de cent vertus les instruments du crime. Avec moins de talents, ton frère plus humain, Lui qui vient de périr, peut-être sous ta main, Offroit à notre amour, par un rare assemblage. Le citoyen , l'ami , le guerrier, et le sage ; Utile à sa patrie et fidèle à ses rois , Ses illustres revers flétrissent tes exploits. Contre lui, contre Vienne, armant tes bras perfides, Tes victoires étoient autant de parricides. Achève. Ose, cruel, sous ces murs malheureux. Me voir plonger vivante en des torrents de feux. Cueille ces vils lauriers que l'Anglais veut te vendre. Trempés du sang d'un frère et couverts de ma cendre!

HARCOURT

Ah! quels traits déchirants vous plongez dans mon sein! Que d'horreurs 1 . . Quoi ! mon frère expirer par ma main ? Non... Mais sa mort me rend à l'e.'îpoir de ma race. Que n'étiez-vons présente au jour de ma disgrâce! l'ascendant que. sur moi vous donnoient vos appas

lO.

ii4 LE SIÈGE DE CALAIS.

Sur le penchant du crime eût retenu mes pas; Eu me privant de vous on me rendit rebelle. Exilé de la France et soupirant vers elle , Je m'armai pour punir un ministre oppresseur, Pour l'en chasser moi-même en y rentrant vainqueur. Ah ! de ses fils absents la France est plus chérie : Plus je vis d'éirangers, plus j'aimai ma patrie; C'est pour elle et pour vous que j'ai tout entrepris. Ma valeur en vous deux; voyoit son plus doux prix. Edouard sut flatter mon amour, ma vengeance; Edouard me parut le vrai roi de la France. Mais le trépas d'Harcourt, terrassant ma fureur, Vient, par un coup de foudre, éclairer mon erreur. Sur des morts entassés me fravant un passage. Mon courroux poursuivait les débris du carnage : Je m'entends appeler d'une mourante voix ; ( à part. ) ( à Aliénor. )

Je m'arrête... O mon frère!... Ames pieds je le vois, Me tendant une main déchirée et tremblante. Le san(j coule à longs flots de sa tête fumante; Ses x:he veux tout trempés , et sur son front épars, Me laissent avec peine entrevoir ses regards: « Viens, qu'au dernier soupir, viens, qu'un frère t'embrass « Puisse ma mort du moins m'obtenir une grâce! « Le roi perd un soldat; qu'il trouve plus en toi : « Va lui rendre un héros , meurs un jour comme moi. » Je l'embrasse, et son sang est lavé par mes larmes. Il expire... Je tombe étendu sur ses armes. On nous porte tous deux aux tentes des vainqueurs. Mes sens sont ranimés par l'excès des douleurs.

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