SCÈNE XXI
LE MARQUIS, en coureur; LA COMTESSE,
en suivante.
LA COMTESSE, à part.
Que veut-elle par là me taire entendre?... Mais je n'ai pas de curiosité de m'en éclaircir, j'ai bien une autre inquiétude depuis que le chevalier nous a appris que ce coureur étoit le marquis de Floribel. Il m'aime, me croyant soubrette ; peutêtre ne m'aimera-t-il plus quand il saura qui je suis. Jolicœur, madame m'a chargé de vous dire que vous ne partiriez point.
LE MABQCIS.
Ah ! belle Finette , vous ne pouviez m'annoncer une plus agréable nouvelle.
LA COMTESSE
Comment donc ? vous disiez tantôt que votre plus grand plaisir étoit de courir.
LE M ARQCIS.
Il est vrai; mais, charmante Finette, je suis maintenant retenu par deux beaux yeux, dont le pouvoir arrête tous mes autres plaisirs.
LA COMTESSE
Marthon a donc bien des charmes pour vous?
LE MAHQUIS.
Marthon? O ciel! qu'allez-vous penser? Partout où vous êtes, en peut-on aimer d'autres que vous?
LA COMTESSE
Quoi? c'est de moi que vous êtes amoureux? En vérité vous vous adressez mal, car je ne sais pas encore ce que c'est que l'amour.
LE MARQDIS.
Quoi ! seroit-il possible? Et c'est ce qui m'a fait tant courir jusqu'ici vainement, que la découverte d'un cœur qui n'eût jamais aimé. Mais il n'est pas naturel que, belle comme vous êtes, on ait été si long-temps à vous le dire, encore moins vraisemblable que vous n'ayez pas pris plaisir à entendre vanter votre beauté.
LA COMTESSE
Quel plaisir voulez-vous que j'aie pris à entendre dire que j'étois aimable, si ceux qui me l'ont dit ne l'étoient pas?
LE MARQUIS
Une belle doit être toujours charmée de faire des conquêtes.
LA COMTESSE
Cela peut contenter son ambition, mais cela ne l'engage pas à être sensible.