LE PAGE
Bon! madame; n'ont-ils pas dit aussi que j'avois l'air du valet de Carreau? Si vous saviez toutes les niches que les autres pages m'ont faites!
LA NOUVEAUTÉ
Que voulez-vous que je vous dise? vous avez l'air un peu antique , au moins ; et si vous m'aviez consultée avant que d'aller à la cour, je vous aurois éj^argné le ridicule d'y paroître dans cet équipage.
LE BAHON.
Comment! on ne reconnoit pas les gens dans ce pays-là au bout de quarante ans !
LA NOUVEAUTÉ
Bon ! pas même quelquefois du jour au lendemain.
Savez-vous bien, madame, que, lorsque j'en partis, il n'y avoit pas de seigneur qui se mît plus galamment que moi? et voilà encore 1 habit que je me fis faire à l'arrivée du doge de Gênes en France.
LA BARONNE
Et celui que vous me voyez n'est -il pas le même que j'avois le lendemain de nos noces, et qui fut admiré de tous les courtisans? Je ne l'ai porté qu'une seule fois depuis ce temps-là, et on le trouve aujourd'hui extravagant.
LA NOUVEAUTÉ
Bon ! j'ai changé cent fois les modes depiiis. Mais ne pourriez-vous pas donner quelque air de nouveauté à vos habits?
LE BAnUN.
Eh! le moyen? A commencer par les boutons, ceux de la veste sont trois fois trop gros pour le justaucorps.
LA BARONME.
Et moi, mon cher époux, c'est bien pis; on me trouve toute d'une venue ; et, pour m'accommodcr à la modo , il faut qui> je me raccourcisse d'un