‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 219 sur 221 · SCÈNE XIV · texte numérisé non relu

SCÈNE XIV

LA RIMAILLE

Je le crois parbleu bien : s'il vous t'alloit donner des vers de douze à treize pieds, je n'y trouverois pas mon compte.

LA NOUVEAUTÉ

Je vois bien qu'il faut que je vous accommode ensemble; cela est du ressort de la Nouveauté, de se mêler d'un marché aussi bizarre et aussi nouveau. Oh çà! combien faut-il de vers pour remplir le fond d'un opéra?

LA RIMAILLE

Il en faut six cents, qui, à les prendre à six pieds l'un portant l'autre, feront cent toises.

LA NOUVEAUTÉ

Vendre des vers à la toise!

LA RIMAILLE

On y a bien vendu des bibUothèques.

LA CASCADE

Mais comment ajuster à ma musique ceux qui sont trop courts ou trop longs?

LA RIMAILLE

Cela vous sera aisé. Mes vers prêtent , ils s'allongent et se raccourcissent comme on veut , et on en peut ôter, ou y ajouter une épithète, ou un adverbe , sans qu'il y paroisse. Par exemple , Coulez, ruisseaux, sans murmure ,

294 LA NOUVEAUTE

si ce vers est trop court, vous pouvez l'allonger ainsi :

Coulez, coulants ruissants, murmurez sans murmure.

Et ainsi du reste.

Page 1