LÉONOR, LISETTE
LISETTE
Eh bien , madame ! à quoi vous déterminez-vous ?
On va voir arriver votre futur époux.
Damon revient enfin après deux ans d'absence.
LÉO'OR
Fatal retour! O ciel ! je frémis quand j'y pense. Lisette, dans l'état où l'a mis sou destin, Pourrai-je me résoudre à lui donner la main?
LISETTE
Comment vous en défendre? Un dédit vous engage;
H l'exigea de \ous avant ce long voyage,
Et que vous logeriez ici dans sa maison;
Nous y vînmes alors toutes deux sans façon ,
Comptant ce mariage une chose certaine.
A présent son retour vous alarme et vous gène?
Hélas! lorsqu'à Damon je donnai mon aveu,
6o L'AVEUGLE CLAIRVOYANT.
Je n'avois jamais vu Léandre son neveu.
LISETTE
Que je m'en doutois bien! Voilà donc l'enclouure? Léandre, je l'avoue, est d'aimable figure, Mais il n'a pas le double, et sans l'oncle , ma foi , Ce neveu si charmant seroit plus gueux que moi. Damon a fait sur mer une fortune immense : Avec lui vous seriez toujours dans l'opulence, Vous auriez de l'argent, des habits, des bijoux.
LÉONOR
Mais avec tous ces biens un très fâcheux époux; Car enfin l'accident dont on a la nouvelle N'a pas dû l'embellir.
LISETTE
C'est une bagatelle.
Quoi ! parceque le vent d'un boulet de canon Nous le renvoie aveugle? Eh quoi! cette raison Vous doit-elle empêcher de conclure?
lÉonor.
Sans doute.
LISETTE
lîefuser un mari, parcequ'il ne voit goutte !
Hélas! votre défunt ne voyoit que trop clair;
Sur les moindres soupçons, toujours l'esprit eu l'air.
LÉON' ou.
Ah ! ne m'en parle pas : cinq mois de mariage M'ont avec lui paru cinquante ans d'esclavage; Ce souvenir sutht pour me f lire trcmliler. Et Damoii a le don de lui trop ressembler. Quand j'aiirois été sourde à de nouvelles flaunnes ,