SCÈNE II
ALQLIF, PHILANDRE, LUCELLE, BOMBANCE, ZACORIN, GUILLOT.
BOMBANCE
Je viens savoir qui vous amène ici.
La taim, et le plaisir de vous y voir aussi.
BOMBANCE
Vous êtes bien tombés , nous vous ferons grand'chère ; Quelles gens étes-vous? il ne me faut rien taire.
PHILANDRE
Je fais profession de chevalier errant.
.Ayant [lour cette ilamo eu quelque dittérent.
126 LE HOl Di: COCAGNK
Et dans l'orcasion embrassé sa querelle, Je me suis vu contniiiît de partir avec elle. Après bien des périls, un destin plus heureux Nous a conduits enfin dans ces aimables lieux.
BOMBANCE
Vous ne pouviez choisir un séjour plus tranquille. Le roi sera ravi de vous donner asile: H le faut avouer, ma foi, c'est un bou roi, Joyeux, de bonne humeur, à peu près comme moi.
■ PHI L ANDRE
A-t-il bien des sujets?
BOMBANCE
l'as trop, car sou empire A fort peu d'étendue.
Et ce qu'on entend dire De ce charmant pays, est-ce une vérité?
DOMn ANCE.
Oui, l'on peut le nommer un séjour enchanté, Et je doute qu'au monde il en soit un semblable.
Est-il vrai qu'on y passe et jour et imit à table , Qu'on y marche en tout temps .sans crainte des voleurs. Qu'on n'y souffre avocats, sergents ni ju'ocureurs , Que l'ou n'y plaide point, qu'on n'y fait iH)int la {juerre, Que sans y rien semer tout vient dessus la terre. Que le travail consiste à former des souhaits , Que l'on y rajeunit, et que de nouveau.\ traits... Il o M D A \ c E.
Il n est rien d<' plus vrai. Mais préle/.-nioi l'oreille,
ACTK l, SCÈNK II. u;
Je vais vous raconter merveille sur merveille. Quand on veut s'hnbiller, on va dans les forets. Où l'on trouve à choisir des vêtements tout prêts. Veut-on manger? les mets sont épars dans nos plaines, Les vins les plus exf[uis coulent de nos fontaines. Les fruits naissent confits dans toutes les saisons. Les chevaux tout sellés entrent dans nos maisons. Le pigeonneau farci, l'alouette rôtie, Nous tombent ici-bas du ciel C(mime la pluie. Dès qu'on ouvre la bouche, un morceau succulent-..
z A c G li I ^' .
Ma foi, j'ai beau l'ouvrir, il n'y vient que du vent.
BOMBANCE
L'heure n'est pas venue, attends que le roi dîne.
ZACORIN.
Ils sont long-temps là-haut à faire la cuisine. En attendant le roi, ne nous pourriez-vous pas Faire pleuvoir toujours ici deux ou trois plats?
Il n'est pas encor temps : le peuple élémentaire , Qui sans se faire voir met ses soins à nous plaire , A son heure réglée à travailler pour nous.
Un peuple élémentaire a commerce avec vous? Et quel est-il ce peuple?
BOMBANCE
Un peuple ami des hommes; Les sylphes, les undains, les sahiiandres, les gnomes.
■ LU CELLE
('ornaient ! vou-; prétendez i[ue dans chaque élément
laS LE ROI DE COCAGNE.
Il soit un peuple?
BOMBANCE
Oui.
ZACORIN.
Quoi ! dans l'air ?