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ACTE IV, SCÈNE IV

TERNER.

Eh! voilà pourquoi je vous l'offre.

Et voilà pourquoi je ne puis le recevoir.

VERSER

Je sais qu'on peut vous enlever tout ici; mais je sais en même temps que le major Téleim trouvera toujours dans ses talents et son courage le moyen de reparer sa fortune, et dans sa probité celui de conserver la mienne, et je la dépose en vos mains. Prenez, prenez, mon cher major, tout ce qui m'appartient, et ne vous embarrassez de rien. Je n'ai que faire d'argent, moi : par-tout on a besoin d'un maréchal des logis, et on le paie; mais il faut qu'un homme comme vous...

TÉLEUI.

Vive et meure sans devoir rien à personne.

VERSER

Vous n'avez donc pas d'amis?

TÉLEIM.

A qui je veuille être à charge.

VERS ER

C'est les mépriser que de ne pas accepter leurs services.

TÉLEIM.

Non ; j en sens tout le prix, mon cher Verner, et je commence par te remercier, comme le plus

i5o LES AMANTS GENEREUX,

tendre de mes amis. Laisse-moi ; je n'ai pas besoin de ton argent.

VERNEn.

Vous me trompez, monsieur le major.

TÉLEIM.

Je ne veux pas être ton débiteur.

VERNER

Vous ne le voulez pas ? Et si je vous disois que vous l'êtes déjà! Quand à l'armée j'emportai le bras de l'ennemi qui vous ajustoit pour vous étendre à terre ; quand une autre fois je me précipitai au-devant d'un soldat qui alloit vous fendre la tête, et que je reçus le coup , ne me restâtes-vous pas redevable de votre vie, et même de la mienne que j'avois hasardée pour vous? Croiriez-vous donc aujourd'hui me devoir davantage! Mes jours sont-ils de moindre conséquence que ma bourse? Ah! si c'est ainsi que raisonnent les grands , quel cas font-ils des hommes ? et devons-nous nous sacrifier pour eux?

TÉLEIM.

Ah! que me dis-tu, Verner? J'avoue avec plaisir que je te dois deux fois la vie; mais, mon ami, à qui a-t-il tenu que je n'en aie fait autant pour toi?

VERNER

Vous n'avez manqué que d'occasions, je le

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