‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 114 sur 208 · TÉLÉ I M · texte numérisé non relu

TÉLÉ I M

Il falloit mourir tantôt, n'étant plus soutenu par l'espoir delà posséder ; Minna, environne'e de tout l'éclat de sa fortune, me sembloit une divinité que je devois respecter; mais Minna avec ses malheurs est la personne du monde la plus intéressante pour moi, et je dois voler à son secours. Que de plaisirs, de devoirs, d'engagements chers et sacrés vont m'attacher à la vie et me la rendre précieuse en dépit du monde entier! Mes malheurs m'avoient accablé : je ne formois que des projets sinistres, enfantés par la mélancolie et le désespoir. Minna malheureuse! Je sens mon courage s'élever, mon ame renaître, et je tiens enfin à une vie qui peut faire la sûreté de la sienne. Elle m'a sacrifié l'opmion des hommes, elle me fait oublier leur in-

i58 LES AMANTS GÉNÉREUX,

justice, et je me pique de l'égaler en générosité. Elle est à moi, je suis à elle, et il ne nous manque plus rien. Vois-tu, vois-tu tous les biens que me procure soninfortune? Ah! jesuis trop heureux!

FAKCHETTE.

Eh! mais... oui, en effet... Je n'y avois pas pensé: ce malheur-là pourroit rapprocher bien des choses.

TÉLEIM.

Tout, tout, tout. Mais est-il bien vrai qu'elle soit persécutée, déshéritée, poursuivie par son oncle ; en un mot , aussi malheureuse que tu me l'as représentée?

FANCHETTE

Oh! vous n'avez rien à désirer la-dessus. Elle attendoit tout de son oncle, et le barbare l'a dépouillée de tout.

TÉLEIM.

A-t-il pu lui enlever ses grâces, sa douceur^ son honnêteté, sa tendresse pour moi? Voilà Minna, voilà ses trésors : c'est encore la plus riche héritière de la nature; et je vole à ses pieds abjurer les résolutions que le soin de son bonheur m'avoit fait prendre, lui offrir un consolateur, un vengeur, un époux; et je pars avec elle, et je me dérobe à un monde qui n'altérera

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