ACTE V, SCENE VI. i
TÉLEiM, d'uti air fier.
Oui, monsieur; et mes malheurs ne m'ont pa» rendu indigne de votre amitié.
LE COMTE, toujours du même ton.
Et ma nièce, où est-elle?
TÉLEIM, très affectueusement.
Monsieur, vous êtes son oncle, son père...
LE G OMT^, avec impatience.
Après?
TÉLEIM.
J'étois digne d'elle autrefois; et de votre aveu même...
LE COMTE
Autrefois? Belle distinction!
TÉLEIM.
Ah! monsieur, daignez m'entendre, et souffrez qu'à vos pieds...
LE COMTE, rt part.
Il n'en veut pas. [Haut, et avec humeur.) Eh! que pretendez-vous me persuader, monsieur?
TÉLEIM.
Je prends la liberté de vous représenter... LE COMTE, de même.
Je prends la liberté de te dire, moi, que ta conduite m'offense, et que je ne soufffrirai jamais...
i66 LES AMANTS GÉNÉREUX.
T É L E I M , fièrement.
Et moi, monsieur, jamais je ne pei-mettrai...
LE COMTE, a part.
11 faut êti'e bien endiablé pour refuser ma nièce. (Haut.) Monsieur le major, on n'offense pas impune'ment un homme tel que moi.
Monsieur le comte, un homme tel que moi mérite qu'on l'écoute; et vos persécutions...
LE COMTE
Sont étranges, en effet!
TÉLEIM.
JerespecteraitoujoursroncledeMinna;Mais...
LE COMTE, avec la plus grande vivacité. Mais vous n'épouserez pas sa nièce?... Ah! c'en est trop.
TÉLEIM.
Oui, monsieur, c'en est trop. Mon honneur...
LE COMTE
Ton honneur? Et le mien, morbleu!... Eh! que voudriez-vous , monsieur, qu'on dît de ma nièce et de moi, si je cédois à tous vos beaux raisonnements ?
TÉLEIM, fièrement.
Que Téleim, malheureux et disgracié, a su vous y faire consentir.