SCÈNE I
MARTHON, PASQUIN.
PASQUIN
Le chevalier jaloux! Quelle prévention!
C'est un homme charmant et plein d'attentiou : Rien n'échappe à ses soins, à sa délicatesse. Au lever de madame, il s'attache à ses pas, Et jusqu'à son coucher il ne la quitte pas; Mais c'est pour l'ohliger et la servir sans cesse: Et, jugeant tout cela d'un esprit bienveillant. Moi je ne vois en lui, malgré la médisance. Qu'un homme officieux, et non pas surveillant, A qui l'on doit de la reconnoissance.
MARTHON.
De cette dette-là je crois qu'il nous dispense. Tu jettes sur ton maître un œil assez distrait : En le regardant mieux, je frémis du portrait. Pour nous, pour ma maîtresse, et sur-tout pour toi-même
i82 LK JALOUX.
De ses accès d'humeur sans cesse le plastron; Car un maudit jaloux, dans sa fureur extrême, Fait un enfer de sa maison.
PASQU IN.
A qui donc le dis-tu ! Tiens, vois-tu bien, ma chère,
Il n'est pas de métier, il n'est pas de galère,
Qui ne soit préférable à mon état présent.
Notre amant a d'aJiord changé de caractère;
Et, d'un homme enjoué, sans souci, bienfaisant,
Qu'il étoit autrefois, quand j'ai pris sa casaque.
Il est devenu noir, triste, hypocondriaque ,
Se tourmentant sans cesse, et tourmentant autrui;
Et l'on ne sauroit vivre en repos avec lui.
M AUTHON.
Ses plus anciens amis, comme ses connoissances. Ne sont pas à l'abri de Ses extravagances. Il ne distingue rien, âge, seXe, ni rangs: Les uns sont confidents, les autres sont amants ; Et contre son repos tous ourdissent des trames. Sur maîtres et valets sans cesse il a les yeux. Madame parle-t-elle à l'une de ses femmes, C'est le discret agent d'un commerce amoureux. Écrit-elle un billet, sa frayeur est mortelle; C'est un billet d'amour que trace l'infidèle. Ghante-t-elle un couplet , il est pour un amant ; C'est un adroit aveu qu'elle fait en chantant. Un geste indifférent, que personne n'observe. Pour le tromper en face est un signe en réserve. Que sais-je! son silence est un crime secret; C'est un recueillement dont un autre est l'objet.