ACTE I, SCÈNE IV
Qui fait plaisir à voir.
LK CHEVALIER
Point de froide ironie.
Pour moi, je n'aime aucun de mes rivaux.
VALSA IN
Bon ! ce sont aujourd'hui les meilleurs gens du monde.
Ce ne sont plus ces preux, courant par monts, par vaux. Chevaliers de la table ronde,
Occisant, pourfendant, dans leur férocité.
Tous ceux qui convoitoient leurs tristes damoiselles;
Ce sont amants léjjers, et pleins d'aménité.
Suivant le ton du siècle et celui de leurs belles.
Qui respirent l'encens que l'on brûle pour elles,
Et ne les cachent pas à la société.
Veijx-tu qu'une maîtresse, une épouse chérie. Soit faite exprès uniquement pour toi.
Et qu'elle doive, en te donnant sa foi. Fermer l'oreille à la galanterie?
Que deviendroit-on dans la vie.
Si chacun exclusivement
Prétendoit s'emparer d'une femme jolie?
Trop de gens souffriroieut de cet arrangement.
Les femmes, chevalier, seroient des beautés fades. Sans le projet de plaire et de charmer:
Les hommes, sans l'amour, qui seul sait les former, Seroient encore plus maussades.
].p soin de plaire anime, embellit tous les traits. Donne à l'esprit de la délicatesse.
Polit les mœurs, adoucit leur rudesse,
Kl dans le monde entier distingue les Français.
LE CHEVALIER
Il n'est pas question, dans mon humeur jalouse. D'enlever à vos yeux Une amante, une épouse.
De la soustraire à vos propos flatteurs. Qui ne font toutefois que corrompre les mœurs;
Mais, si votre parente m'aime,
Et daigne faire mon bonheur.
Je ne veux ainjer qu'elle, en être aimé de même, Seul, exactement seul , entendez-vous, monsieur?
VALSAIN.
Fort bien ; et vous ferez un couple très aimable. Si la marquise adopte un système semblable.
LE CHEVAHEn.
Mais nous vivrons pour nous, et nous vivrons heureux , Malgré lopinion des autres :
Et vos plaisirs bruyants et scandaleux Ne vaudront pas la paix, la pureté des nôtres.
Mais concluons, pour sortir d'embarras : Étes-vous mon rival?
VALSAIN.
Non ; je n'épouse pas.
LE CHEVALIER
Vous aimez?
VALSAIN.
Quelquefois. La demande est pressante.
Mais il faudroit connoître, avant tout ce fracas. Quels sont les sentiments, les vœux de ma parente; Savoir , avant de tuer vos rivaux , Si l'on vous aime, et si l'on vous préfère : Autrement ce seroit faire une folle guerre,