‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 150 sur 208 · ACTE II, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE V

LE CHEVALIER

Seuls!

LA MAnyUISE.

Seuls : ou bien, d'un air franc et joyeux, Vous recevrez leur confidence.

Quand ils réclameront vos soins officieux.

Ah! pour le coup...

LA MARQUISE

Point d'humeur ; je le veux.

LE CHEVALIER

Composons sur ce point, marquise.

Que l'on m'admette -en tiers, et je rirai de tout.

LA MARQUISE

Belle grâce, et rare entremise!

Quand ils le permettront , soit : mais point de surprise , Et je dois les servir au moins suivant leur goût.

Eh ! fiez-vous, chevalier, à ma flamme : Ce qu'ils vous cacheront, vous le saurez de moi. Les confidences d'une femme Sont les garants les plus doux de sa foi.

LE CHEVALIER

Ah ! vous êtes charmante, et je n'ai plus d'ombrage.

LA MARQUISE

Jusqu'au premier moment! Il faut aimer Valsain , Ou du moins lui montrer un plus riant visage.

LE CHEVALIER

.^h ! Valsain est bien fat.

LA MARQUISE, riant.

Et lui permettre entin

2i8 LE JALOUX.

Toute explication sur sa grave parente.

r. F. CHEVALIER.

Oomment?

LA MARQUISE

Il ma conté cette scène charmante, Où vivement ému de mes foibles appas, Vous vouliez (ju'on m'aimât et qu'on ne m'aimât pas:

Et ce récit, contre sa vaine attente, Ne vous a pas fait tort dans mon cœur attendri.

LE CHEVALIER

Puisqu'il me sert si bien , ce sera mon ami, Et je veux l'embrasser en le voyant paroître.

LA MARQUISE

De vos transports sachez vous rendre maître. Valsain est fin , et croiroit ce retour L'ouvrage d'un pardon accordé par l'amour.

LE CHEVALIER

Oui : rien de si facile en effet à connoître Qu'un amant fortuné, rempli de son bonheur: Tous ses traits sont empreints de l'état de son cœur;

c'est un éclat qui l'environne , Une gaieté qu'on ne voit à personne; H marche sur des fleurs, il respire un air pur; Pour lui toujours le ciel est tranquille et d'azur; Ses inclinations sont douces, bienfaisantes.

Ses plaisirs simples, innocents ;

Tous les jours lui semblent charmants,

Toutes les fêtes ravissantes.

Toutes les saisons des printemps ; Et ces enchantements sont votre heureux ouvrage :

ACTK II, SCEM-: V. siy

Il ne lui faut, ni rang, ni faveur, ni trésor; L'amour comble ses vœux, de tout le dédommage, Et la saison d'aimer est pour lui l'âge d'or.

LA MARQUISE

Eh! voilà, chevalier, de la délicatesse,

Comme l'on gagne et conserve les cœurs .. Et si je verse en ce moment des pleurs, Ce sont des pleurs de joie et de tendresse. Voyez le charme intéressant

Que répaud sur nous deux cet entretien touchant!

Goùte-t-on ces plaisirs à se bonder sans cesse?

L F. C II E V A Ll E R .

Je suis dans une joie, un transport, une ivresse...

LA M A R Q i; I s E.

Voilà de ces moments à n'oublier jamais.

LE CH EVALIER.

Ah ! je ne romprai pas ce beau traité de paix.

LA MARQUISE, riant.

Ni moi.

LE CHEVALIER, liant ItllSSl.

Ni moi.

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