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SCÈNE XIX

LA COMTESSE, s' approchant dune lumière.

Le chevalier est un extravagant De m'écrire un billet, à cette heure, avant même De m'avoir dit un mot , de savoir si je l'aime.

Mais il est jeune, il est charmant :

A ces deux titres-là tout passe ; Et de le chicaner j'aurois mauvaise grâce.

{Elle lit.) «Je vous ai deviné, jeune homme audacieux... »

{s'interrompant. ) Est-ce donc bien à moi que ce billet s'adresse?

{reprenant sa lecture.) « Je vous ai deviné, jeune homme audacieux, « Et le faux nom de femme et de comtesse

" Ne sauroit éblouir mes yeux. »

C'est à moi-même, et c'est très sérieux. a Mais ce n'est pas assez d'être heureux en maîtresse ; « Il faut vaincre un rival qui vous a reconnu : «J'adore la marquise, et mon sang répandu " Peut seul vous mettre eu droit de parler de tendresse. 1 (Elle est d'abord un peu picfuèe de la lettre, et la jette sur la table. ) Eh ! voilà donc l'objet de son emportement. L'objet que j'aime, moi! le fat, l'impertinent!... Et tantôt, l'excusant, dans mon erreur extrême, Je lui croyois l'humeur, le mécontentement D'un jaloux inquiet, incertain si l'on l'aime; Et c'étoit le dépit, les transes d'un amant Trompé par mou habit, et me craignant moi-même!

( riant par réflexion. ) Eh bien ! me fâcherai-je? Oh non , de bonne foi ! Le moins fou de nous deux siirement n'est pas moi. ( reprenant la lettre , et achevant de lire avec gaieté. ) « Tout délai m'est insupportable.

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