LI SIMON
Que vos intentions sont bonnes, légitimes: Et sans doute mon fils semble avoir un peu tort De ne pas se résoudre à les suivre d'abord ; Mfiis c'est un philosophe.
GÉROXTE.
Oui, morbleu! dont j'enrage.
Qu'est-ce qu'un philosophe? Un fou dont le langage N'est qu'un tissu confus de faux raisonnements; . Un esprit de travers, qui, par ses arguments, Prétend, en plein midi, faire voir des étoiles; Toujours après l'erreur courant à pleines voiles, Quand il croit follement suivre la vérité ; Un bavard, inutile à la société, Coiffé d'opinions, et gonflé d'hyperboles, Et qui , vide de sens , n'abonde qu'en paroles.
ARISTE
Modérez, s'il vous plaît, cette injuste fureur : Vous êtes, je le vois, dans la commune erreur; Vous peignez un pédant, et non un philosophe.
GÉRONTE
Mais je les crois tous deux taillés en même étoffe.
ARISTE
Non. La philosophie est sobre en ses discours,
Et croit que les meilleurs sont toujours les plus courts.
Que de la vérité l'on atteint l'excellence
Par la réfle.xion et le profond silence.
Le but d'un philosophe est de si bien agir,
Que de ses actions il n'ait point à rougir.
Il ne tend qu'à pouvoir se maîtriser soi-même :
C'est là qu'il met sa gloire et son bonheur suprême
Sans vouloir imposer par ses opinions ,
Il ne parle jamais que par ses actions.
Loin qu'en systèmes vains son esprit s'alambique ,
Être vrai, juste, bon, c'est son système unique.
Humble dans le bonheur, grand dans l'adversité.
Dans la seule vertu trouvant la volupté,
Faisant d'un doux loisir ses plus chères délices,
Plaignant les vicieux, et détestant les vices:
Voilà le philosophe; et, s'il n'est ainsi fait,
Il usurpe un beau titre, et n'en a pas l'effet.
GÉRONTE
Etes-vous fait ainsi!'
ARISTE
■Non ; mais j'aspire à l'être