SCÈNE I
ARISTE, D AMOX.
Mais écoutez-moi.
ARISTF..
Non. Vous me parlez en vain; Rien ne peut m'empêcher t!e suivre mon dessein.
Vous extravaguez donc?
A ItlSTE.
Soit folie ou sagesse.
Je pars, et dans l'instant.
Quelle étrange foihlesse !
Que dira-t-on de vous?
ARISTE
Tout ce que l'on voudra.
Pour\ u que je sois loin, rien ne me touchera. D A M o N.
Quoi ! cet esprit nourri de la sagesse antique Se perd quand il s'agit de la mettre en pratique?
ARISTE
.le vous l'ai dit souvent : les sages autrefois ,
LE PHlLOJJOPHi; MARIE. .91
De la seule vertu recoiinoissant les lois, Loin de fuir la douleur comme un affreux supplice, Non contents de la vaincre, en faisoient leur délice. Les plus sanglants affronts, les plus cruels mépris, Ne pouvoient un instant ébranler leurs esprits: Immobiles rochers, ils défioient l'orage. J'admire leur exemple, et n'ai pas leur courage.
Et moi, je vous réponds que vous l'égalerez Dès le même moment que vous vous calmerez.
ARISTE
Eh ! comment me calmer au fort de ma disgrâce?
Je voudrois qu'un instant vous fussiez à ma place,
En butte à mille affronts pires que le trépas:
Un front à triple airain ne les soutiendroit pas.
A peine quelques gens savent mon mariage,
Qu'au même instant sur moi je vois fondre un orage.
Un déluge d'écrits, tant en prose qu'en vers,
Qui vont à mes dépens réjouir l'univers.
Et que sera-ce donc quand la cour et la ville...'
DAMO.V.
Pour parer tous ces traits , soyez ferme et tranquille ; C'est le meilleur parti.
ARISTE
Je le sens comme vous.
Mais poiirriez-vous tenir contre de pareils coups? Lisez.
( Jl présente plusieurs papiers à Damon. ) D A M o .\ .
Bon! jeu.v d'esprit et pures bagatelles!
AIIISTE.
Morbleu ! ce sont pour moi des blessures mortelles. L'équitable public me rend ce qu'il me doit. On va me rire au nez et me montrer au doigt ; Je n'y pourrois survivre : une retraite obscure Me sauvera du moins cette triste aventure.
EtMélite?
Dans peu Mélite me suivra.
DAMOX.
Croyez qu'à ce dessein elle s'opposera.
ARISTE
En dépit d'elle-même il faut qu'elle y consente. Ma disgrâce est l'effet de sa langue imprudente: A mes cruels chagrins je prétends qu'elle ait part; Et je vais la résoudre à souffrir mon départ. Holà ! quelqu'un !