ARISTE, DAMON, MÉLITE, CÉLIANTE, FINETTE
DAMON
Je viens vous informer d'une fâcheuse affaire : J'ai trouvé près d'ici votre oncle et votre père, Sortant de la maison du marquis du Lauret, Où sans doute ils avoient appris votre secret. Votre oncle , transporté de colère et de rage, Prétend faire, dit-il, casser le mariage, Comme ayant été fait à l'insu des parents, Et trouve pour cela vingt moyens différents. M É LI T E.
Ciel! que nous dites-vous?
DAMON
Ce que je viens d'entendre.
ARISTE
Et mon père?
DAMON
Il s'efforce en vain à vous défendre.
Votre oncle, prévenu, refuse d'écouter.
Et, s'il n'est secondé, veut vous déshériter. Une telle menace alarme votre père , Qui ne sait de quel biais ajuster cette affaire. Ils sont partis ensemble, et vont, je crois, tous deux Consulter sur ce point un avocat fameux.
MÉLITE
Et dans un tel péril Ariste m'abandonne!
ARISTE
Non. L'éclat que j'ai craint n'a plus rien qui m'étonne.
Votre péril me rend la noble fermeté
Qui des cœurs vertueux fait la félicité.
Je vais, d'un front serein, faire téta à l'oraye.
Que le public surpris fronde mon mariage,
Que mon oncle irrité me prive de son bien ;
On veut nous séparer, je ne ménage rien.
Je vais trouver mon oncle, et moi-même lui dire
Qu'à m'arracher à vous c'est en vain qu'il aspire ;
Et je lui ferai voir, en bravant son courroux.
Que rien n'est à mon cœur si précieux que vous.
M ÉLITE
Je reconnois Ariste, et n'ai plus rien ;\ craindre. Mais au premier abord tâchez de vous contraindre. Et souffrez tout le feu du premier mouvement.
ARISTE
C'est mon dessein. Allez à votre appartement, Et ne paroissez plus (ju'on ne vous avertisse.
MÉLITE
O ciel! protège-nous, j'implore ta justice.