SCENE VI
Parlez donc, petite fille: si je vous prends, je vous donnerai le fouet.
JAVOTTE
Le fouet? Ah , ah ! voyez donc !
Oui, le fouet. Allons, qu'on m'apporte des verges tout-à-l'heure.
JAVOTTE
Mais voyez donc cet ivrogne-là , qui veut me donner le fouet !
l'épine.
Ivrogne ! Voilà une petite masque qui connoît bien ses gens.
Ecoutez, petite fille ; n'allez pas vous aviser de dire quelques sottises. C'est monsieur votre père qui a fait venir ce» messieurs.
.lAVOTTE.
Je sais bien qu'il les a fait venir ; mais c'est pour '. danser , et non pas pour faire l'amour.
ISABELLE
Comment ! vous avez l'insolence... ?
JAVOTTE, lin terrompant.
Allez, allez , je commence déjà à m'y connoître. Faire le langoureux, se jeter à genoux, baiser 1 tendrement les mains, lancer des regards mou-
a-8 LE TRIPLE MARIAGE.
rants, cela s'appelle faire l'amour, car je le sais
bien.
CLÉON, à Isabelle.
Voilà une petite personne bien dangereuse.
.lAVOTTE.
J'ai surpris aussi ce matin mon papa qui faisoit tout de même.
Votre papa ?
J AVOTTE.
Oui , vraiment. II falloit voir comme il faisoit le jeune homme! Je ne lui en ai rien dit, mais je la lui garde bonne, et je lui reprocherai cela quand je serai {jrande, et qu'il voudra m'empêcher d'avoir un amant.
nÉki>e, à part.
Voilà la plus méchante petite, peste que j'aie jamais connue.
Vous êtes bien fâchés, vous autres, de ce que je vous ai découverts ; car il ne tient ([u'à moi de vous faire endêver, et de me venger de ma sœur, qui me traite comme un enfant , et qui veut être mariée avant moi.
ISABELLE
Kh bien, vous passerez la première; ne dites rien.