ÏO LE GLOlUEl X
VALÈRE
Je ne vous comprends point. Expliquez ce mystère.
LISETTE
Cela m'est défeiiilu; mais je ne puis me taire, Et quoique l'on m'ordonne un silence discret. Je sens bien que pour vous je n'ai point de secret. Je soutiens avec peine un fardeau (jui me lasse.
A la tentation succombez donc, de grâce.
LISETTE
C'est le meilleur moyen de m'en guérir, je croi : Mais si je vais parler, vous vous rirez de moi.
VALÈRE
Quoi! vous pouvez...
LISETTE
Jurez que, quoi que je vous di>c, Vous n'en raillerez point.
v A L ÈH E.
J'en jure.
LISETTE
]\Ia (rancliise, Ou , si vous le voulez , mon indiscrétion, E\ige de ma part cette précaution.
.Vu surplus, vous pourrez m'éclaircirsur un doud' Qui me tourmente fort. Or écoutez.
v AI.ÈR E.
J'écoute.
LISETTE
Ce bon-hnmmr m'a ili(. . Vous allez vou< moquer?
ACTK II, SCKM^ II. >j.
V A L F. ri R.
Eh iioii ! vous dis-je, non.
LISETTE
Avant de m'expliquer, Valère, permettez que je vous interroge. Répondez franchement, et sur-tout point d'éloge.
VALÈRE
Voyons.
LI s ETTE.
INIe trouvez-vous l'air de condition Que donne la naissance et l'éducation ? Et croyez-vous mes traits, mes façons, mon Ian<;age, Propres à soutenir un noble personnage?
VALÈB E.
Un amant sur ce point est un juge suspect : Mais vous m'avez d'abord inspiré le respect, La vénération. Qui lésa pu produire?
Votre rang? votre bien ? Plût au ciel ! Je soupire Lorsque je vois l'état où vous réduit le sort: Mais pour vous abaisser il fait un vain effort; Et de quelques parents que vous soyez issue, Chacun remarque en vous, à la première vue, Certain air de grandeur qui frappe, qui saisit; ' F.t ce que je vous dis, tout le monde le dit.
LISETTE
Ce discours est flatteur; mais est-il bien siiicère?
VALÈRE
< >ni , foi de galant homme.
LISETTE
Apprenez dniir,. Valère,
Ce qu'on vient de me dire , et ce qui m'est bien doux ,
Parceque son effet rejaillira sur vous.
Par de fortes raisons qu'on doit bientôt m'apprendre,
On m'a caché mon rang. J'ai l'honneur de descendre
D'une famille illustre et de condition,
Si l'on n'a point voulu me faire illusion.
V ALÈR E.
Non , on vous a dit vrai , c'est moi qui vous l'assure; Et j'en ferai serment.
LISETTE, en riant.
Fort bien.
Je vous conjure, Charmante Lis... O ciel! je ne sais plus comment Vous nommer; mais enfin je vous prie instamment , Si vous m'aimez encor, d'être persuadée Qu'on vous donne de vous une très juste idée, Et souffrez que l'amour, jaloux de votre droit. Vous rende le premier l'hommage qu'on vous doit. ( // se met à genoux. )
LISETTE
Valère, levez-vous; vous me rendez confuse.
Quoi! vous, servir ma sœur! .Ah! déjà je m'accuse D'avoir été trop lent à la désabuser; A vous manquer d'égards je pourrois l'exposer. jMon père m'inquiète, et je sais que ma mère Quelquefois avec vous prend un ton troj) sévère. Je vais donc avertir ma famille, et je crains...