ACTE II, SCENE IV
ISABELLE
Poursuivez.
LISETTE
Que je serois heureuse Si j'étois un parti qui lui piît convenir. Voilà tout.
ISABELLE
Je le crois. Mais je crains l'avenir:
Votre amour vous rendra malheureux l'un et l'autre.
LISETTE
Vous avez votre idée, et nous avons la nôtre.
Comment donc?
LISETTE
Quelque jour j'éclaircirai ceci.
Sur votre frère enfin n'ayez aucun souci. Ne vous alarmez point de ce que je hasarde. Et venons maintenant à ce qui vous regarde.
ISABELLE
Volontiers.
LISETTE
De mon cœur vous connoissez l'état ; Parlons un peu du vôtre. Inquiet, délicat, Aux révolutions il est souvent en proie. Comment se porte-il?
ISABELLE
Mal.
LISETTE
J'en ai de la joie.
Il est donc hien épris?
ISABELLE
Oui, Lisette; si bien Qu'il le sera toujours.
LISETTE
oh ! ne jurons de rien.
J'en ferois bien serment.
LISETTE
Le ciel vous en préserve !
ISABELLE
Pourquoi donc ?
LISETTE
Votre esprit a toujours en réserve Quelques si, quelques mais, qui, malgré votre ardeur, Pénétrent tôt ou tard au fond de votre cœur. Le comte est sûrement d'une aimable figure; Son mérite y répond, ou du moins je l'augure : Mais vous ne le voyez que depuis quel(|ues mois, Vous le connoissez peu. C'est pourquoi je prévois Qu'avant qu'il soit huit jours, croyant le niieu.v connoître, Quelque défaut en lui vous frappera peut-être.
ISABELLE
Cela ne se peut pas ; c'est un homme accompli. De ses perfections mon coeur est si rempli, Qu'il le met à couvert de ma délicate.sse. S'il a quelque défaut, c'est son peu de tendresse. Il me voit rarement.
LISETTE
C'est qu'il a du bon sens.
Qui se fait souhaiter se fait aimer long-temps.