‹ Chefs-d'œuvre dramatiques (volume 2)Chapitre 197 sur 233 · LE COMTE, LISETTE · texte numérisé non relu

LE COMTE, LISETTE

LE COMTE

Vous restez donc?

LISETTE

Excusez mon audace, Et souffrez une fois que je me satisfasse. Il faut que je vous parle; on me l'ordonne; et moi, J'en meurs d'envie aussi, mais je ne sais pourquoi. "\

LE COMTE

Votre ton familier m'importune et me blesse.

LISETTE

Vous n'êtes occupé que de votre noblesse; 1

Mais en interprétant ce que l'on vous a dit. Quand on fait trop le grand, on paroît bien pelit.

LE COMTE

Quoi ! vous osez...

LISETTE

Oui , j'ose ; et votre erreur e.\tréme Me force à vous prouver à quel point je vous aime. Vous vous perdez, monsieur.

LE CO.MTE.

Comment donc, je me perdsî

LISETTE

Votre orgueil a percé. Vos hauteurs, vos grands airs.

Vous décèlent d'abord, malgré la politesse

Dont vous les décorez. La gloire est bien traîtresse.

Le discours d'Isabelle étoit votre portrait ,

Et son discernement vous a peint trait pour trait.

Dût la gloire en souffrir, je ne saurois me taire.

Je ne vous dirai pas, changez de caractère;

Car on n'en change point, je ne le sais que trop;

Chassez le naturel, il revient au galop :

Mais du moins je vous dis, songez à vous contraindre,

Et devant Isabelle efforcez-vous de feindre;

Paroissez quelque temps de l'humeur dont elle est,

Et faites que l'orgueil se prête à l'intérêt.

Car, après tout, monsieur, l'éclat de la richesse

Augmente encor celui de la haute noblesse.

Voilà mou sentiment. Profitez-en , ou non,

Mon cœur seul m'a dicté cette utile leçon.

Votre gloire irritée en paroît mécontente,

Je lui baise les mains, et je suis sa servante.

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