‹ Chefs-d'œuvre dramatiques (volume 2)Chapitre 44 sur 233 · SCÈNE XIX · texte numérisé non relu

SCÈNE XIX

LA COMTESSE

Non pas, s'il vous plaît; je veux finir, et ou ne lansera que quand on m'aura mise en train de ianser, moi.

VAL ÈRE

Puisque vous êtes si pressée de finir, madame . je prendrai la liberté de vous dire , avec la permission de mon père, que je ne veux point du tout me marier.

LA COMTESSE

Tout cela est inutile.

VA LE RE

J'ai beaucoup de respect pour vous , madairie ; mais c'est tout ce que votre personne peut m'inspirer.

OR os TE.

II n'est pas question ici d'amour ni de respect. Les propositions que me fait madame sont si avantageuses pour vous et pour moi, que vous ne sauriez mieux faire que de l'épouser.

VA LE RE

Quoi! faut-il que l'intérêt vous oblige à me rendre malheureux? Jetez sur moi des yeux de père, (se jetant aux pieds d'Orotite.) et ne désespérez pas un fils qui se jette à vos genoux, et qui est résolu de mourir plutôt mille fois que de se laisser sacrifier si impitoyablement !

70 l.r. TRIPI.K M A P. I AGE.

OROME.

'' Lève-toi, fripon; tu m'attendris.

VAL ÈRE

Je ne me lèverai point que vous n'écoutiez les raisons...

OROSTE, l'interrompant.

Je crois qu'elles ne sont pas mauvaises; mais j ai donne ma parole à madame... Oh çà ! je ne veux point te contraindre à l'épouser, mais je te prie de t'y résoudre pour l'amour de moi. Pourrois-tu refuser à ton père une grâce qu'il te demande , lorsqu'il est en droit de te faire obéir?

Vit ÈRE.

Je prends le ciel à témoin que je vaincrois toutà-l'heure ma répugnance, pour répondre à un procédé si doux et si obligeant, s'il dépendoit encore de moi de vous complaire en ceci ; mais vous me forcez à vous dire, et même devant tout le monde, que je ne suis plus libre, et que ma foi est engagée pour jamais.

ORONTE

Pour jamais ? sans mon consentement ?

VALÈRE

Ne vous prenez qu'à vous-même de la démarche hardie que je viens de faire. Vous n'avez jamais voulu me marier ; j'ai pris une femme sans votn; avril. ^Ton oncle et tous mes parents me

SCKNE XIX. ;,

l'ont conseillé, et c'est en leur présence qiu^ j'épousai Julie il y a huit jours.

OROSTE.

Je suis bien aise de savoir cela, monsieur le coquin! je sais les mesures que je dois prendre.

VAL ÈRE

Toutes vos mesures seront inutiles. Je prie le ciel de me confondre, si je prends jamais une autre femme que Julie. Il n'y a rien à dire à cette alliance : tout le monde connoît Julie pour une personne saye et vertueuse; elle a de la naissance, et plus de bien qu'il n'en faut pour nous faire subsister l'un et l'autre sans vous être à charge. Toute la terre sera pour nous.

ORONTE

J'enrage d'être contraint d'avouer qu'il a raison, et que je ne puis, sans injustice, désapprouver ce mariage.

LA. COMTESSE

Oh bien! je le ferai casser, moi, puisque vous êtes assez fou pour le confirmer.

VA L È R E

Et de quel droit, madame, s'il vous plaît?

LA COMTESSE

De quel droit, scélérat? Ah! tu ne le sai> que trop !

M. MICHACT.

Croyez-moi, madame la comtesse , avalez doucement la pilule.

LA COMTE. S .SE

Patience, il m'épousera , ou je le ferai enlever. (^Elle sort.)

Page 1