SCENE IF. i
où l'on vous attend avec d'agréables rafraîchissements?
ORONTE
Belle supposition!
>ÉniNE.
N'est -il pas vrai que, si, malgré ce qui vous est prescrit, vous entrez dans quelque cabaret sur la route, vous aurez moins d'empressement d'arriver que si vous aviez scrupuleusement observé la défense?
OROKTE.
J'en demeure d'accord.
NÉniXE. '
Voilà justement lu portrait d'une fille qui s'est émancipée. Isabelle, au contraire, est le voyageur qui observe la loi qu'on lui a imposée, mais que son exactitude scrupuleuse réduit à la dernière extrémité. Songez-y bien, monsieur, on ne peut pas toujours soutenir la soif, et il ne faut pas mettre une fille dans la nécessité de se rafraîchir sur la route.
ORONTE
Tu as beau dire, je ne crois point que ce soit un pareil empressement qui ait causé la maladie d'Isabelle.
KÉRINE
Cependant les médecins y ont perdu leur latin ; et c'est plutôt par miracle que par leurs remèdes
i4 LE TRIPLE MARIAGE,
qu'elle est sortie d'un état si périlleux. Je ne l'ai point quittée. Elle soupiroit jour et nuit, elle répandoit souvent des larmes , elle tomboit dans une langueur, dans un anéantissement qui faisoit craindre pour sa vie. Morbleu ! monsieur, je m'y connois : ce sont là les symptômes d'une maladie dont l'amour est la cause.
Tu crois qu'elle a quelque inclination dans le cœur?
KÉRINE
Je n'en doute point.
ORONTE
Allons, allons, cela ne peut pas être. Je suis sûr qu'elle ne sait pas même ce que c'est qu'une inclination.
A vingt-cinq ans elle ignoreroit cela, dans un siècle où les fdles sont si prématurées! Eh! fi donc! vous n'y pensez pas.
ORONTE
Garde-tôi de lui dire un mot sur ce sujet : tu pourrois lui faire venir des idées qu'elle n'a point du tout.
NÉRINE
Oh! je gage qu'elle a l'imagination aussi vive que moi.